États-Unis : Après la tuerie de Las Vegas, des larmes… et des armes

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Près de 60 morts et plus de 500 blessés : la fusillade de Las Vegas, perpétrée le 1er octobre dernier, est la plus meurtrière de l’histoire récente des États-Unis. Et comme à chaque fois à l’occasion de ce genre de drame, la question du contrôle des armes est posée dans le pays.

Stephen Paddock, le tueur de Las Vegas, avait acheminé pas moins de 23 armes de tous calibres dans sa suite au 32e étage de l’hôtel Mandala Bay, ainsi qu’une cargaison de munitions, auxquelles s’ajoutent 19 autres armes et des milliers de balles retrouvées à son domicile. On se pince à la lecture des articles qui évoquent un retraité « tranquille », « sans histoires », « sans casier judiciaire », car on en déduit que ce citoyen bien sous tous rapports a pu constituer un véritable arsenal de guerre en toute légalité et sans attirer l’attention de qui que ce soit… 

Au paradis des marchands d’armes

C’est presque une banalité de le dire : les États-Unis sont un véritable paradis pour les marchands d’armes, puisque l’absence de législation restrictive permet à chaque citoyen d’acquérir un ou plusieurs engins de mort au nom du droit de se protéger. On estime ainsi que plus de 270 millions d’armes seraient légalement en circulation aux États-Unis, soit environ 85 armes pour 100 habitantEs. À l’instar de Stephen Paddock, les auteurs des plus récentes tueries de masse, à San Bernadino (2015, 14 morts), Charleston (2015, 9 morts) et Orlando (2016, 49 morts), avaient acquis ­légalement leurs armes. 

Au-delà des tueries de masse, les chiffres des homicides par balle aux États-Unis sont hallucinants : avant le massacre de Las Vegas, on dénombrait déjà 11 567 morts pour la seule année 2017, qui ne fait pas exception par rapport aux années précédentes (entre 12 000 et 13 000 morts par an au cours des dernières années). Cette année, le taux d’homicide par arme à feu est 50 fois plus élevé aux États-Unis qu’en France, et il y a peu de chances que, dans un pays dirigé par un Donald Trump qui agite régulièrement la menace de l’utilisation de l’arme atomique entre deux tweets virilistes, les choses s’améliorent. 

Un vrai faux débat

Certes, comme après chaque tuerie de masse, le débat sur le contrôle des armes à feu a connu une nouvelle actualité. Dès le lendemain du drame, les Démocrates ont ainsi lancé un appel à un durcissement de la législation, auquel la ­Maison Blanche a répondu qu’un tel débat était « prématuré », certains Républicains accusant même les Démocrates d’instrumentaliser une tragédie à des fins politiciennes. Sans se faire l’avocat des Démocrates, qui ont eu par le passé maintes occasions de prendre de véritables mesures anti-armes, on peut leur concéder que, loin d’être instrumental, le lien entre Las Vegas et le contrôle des armes n’est pas totalement saugrenu… 

Il aura fallu que soit examiné l’arsenal de Stephen Paddock pour que les choses bougent un tout petit peu. En effet, le tueur a fait usage de « bump stock », dispositif qui permet de transformer les armes semi-automatiques en armes automatiques (dont la vente est soumise à des restrictions), grâce auquel il a pu tirer à une cadence de 9 coups par seconde. Même la NRA, puissant lobby pro-armes, a mesuré l’émotion suscitée dans le pays et reconnu qu’il était légitime d’envisager de légiférer sur les « bump stocks ». Contraints à faire un geste symbolique du même ordre, les Républicains ont repoussé l’examen d’un projet de loi favorisant l’achat de… silencieux. 

Cela va mieux en le disant : les auteurs des précédentes tueries n’avaient pas utilisé de « bump stock » – ni de silencieux – et, quand bien même les symboles seraient importants, les timides reculs de la NRA et des Républicains ne changeront rien à la situation. Indice des plus inquiétants : les actions des fabricants d’armes ont grimpé de plus de 5 % au lendemain de la tuerie de Vegas. Les capitalistes savent en effet qu’une majorité de la population des États-Unis est encore convaincue que pour éviter que de telles tragédies se reproduisent, il faut plus d’armes, et pas moins. Et ils ne feront rien pour que ça change.   

Julien Salingue