État espagnol : Vers Unidos podemos

L’accord entre Podemos et Izquierda unida pour former une coalition aux élections du 26 juin est une très bonne nouvelle, car cela pourrait provoquer un vrai basculement dans la situation politique.

Même s’il s’agit d’un accord par en haut, même si cette politique va renforcer a court terme les appareils de Podemos et d’Izquierda unida, cette orientation redonne de l’espoir à de larges couches populaires, assurant une nouvelle percée électorale au bloc autour de Podemos et accentuant la pression sur le PS : faire bloc avec la gauche anti-austérité ou défendre les politiques de la troïka avec le PP et Ciudadanos.

Par ailleurs, le pacte entre l’équipe de Pablo Iglesias (après sa rupture avec le groupe populiste d’Errejón, partisan d’une politique au « centre » plus souple vis-à-vis du PSOE) et la direction d’Izquierda unida (à son tour divisée par la longue crise de l’organisation) va renforcer la culture politique eurocommuniste de l’appareil, mais dans le même temps, cela va apporter une base plus solide et militante au bloc (les apparatchiks s’attirent, les militants honnêtes aussi...). C’est la clé de la dynamique possible : la bataille central doit être la structuration unitaire des comités de campagne.

La grande peur

En réaction, le PSOE, le PP et Ciudadanos ne peuvent cacher leur panique. Le PP pourrait être la victime principale de l’alliance, cela à cause de la nature du système électoral espagnol, notamment dans les provinces rurales moins peuplées où certains sièges au Parlement dépendent de quelque milliers de voix. Le PS, lui, est conscient du fait qu’il se trouve face de la menace la plus grave à son hégémonie électorale à gauche depuis 130 ans. Et Ciudadanos démasque sa véritable nature réactionnaire par leurs attaques contre les « communistes », « chavistes », etc.
En perspective

Même si, d’après les sondages, la percée de Unidos podemos (le nouveau sigle électoral) peut être très importante, cela ne suffira pas pour gagner les élections et battre le PP. Cela dit, un bloc PP-Ciudadanos ne sera pas non plus capable d’avoir une majorité suffisant et aura donc besoin du PSOE. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que, quel que soit la combinaison électorale pour empêcher l’arrivée au pouvoir de Podemos, le nouveau gouvernement va appliquer un programme sauvage de coupes budgétaires, en particulier si la bataille pour le retrait de la loi El Khomri échoue en France et qu’il n’y a pas de second souffle des résistances anti-austéritaires au sud de l’Europe.

Mouvement, unité, débordement

Anticapitalistas avait soutenu cet accord pour la dernière échéance électorale, alors que la direction de Podemos (cela avant le conflit ouvert entre Iglesias et Errejón) disait que « l’unité du peuple » ne pouvait être un « cartel de partis de gauche »... Aujourd’hui, notre logique est de maintenir la démarche de rupture avec le régime, avec l’austérité et le capitalisme, et conserver l’idée fondatrice de Podemos : être le parti du 15M, des Indignés.

Tout cela dans une approche de front unique (pas d’unité sans mouvement, pas de mouvement sans unité), et d’indépendance : faire notre propre campagne dans le cadre de la campagne d’ensemble, notamment sur quelques axes clés (audit et annulation de la dette illégitime, retrait des lois de travail régressives, nationalisation des banques et du secteur énergétique, relance du service public dans l’éducation et la santé...).

De Barcelone, Andreu Coll

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