État espagnol : Du blocage institutionnel aux nouvelles élections

La situation politique espagnole est bloquée depuis les élections du 20 décembre dernier et il y aura donc très probablement de nouvelles élections législatives le 26 juin prochain.

Le 20 décembre avait donné la répartition suivante : PP 110, PSOE 90, Podemos 71, Ciudadanos 40. Un ballottage catastrophique pour le système : ni le PP ni le PSOE n’ont la eu capacité de construire une majorité parlementaire solide sans une grande coalition, un scénario qui ouvrirait la porte à la « pasokisation » du PS et que son appareil a évité pour l’instant.

Dans ce cadre, Podemos, la troisième force, à 500 000 voix du PS, malgré tous les renoncements programmatiques opérés par sa direction, est considéré encore comme inacceptable en tant que force gouvernementale par les pouvoirs en place et l’appareil du PS. Podemos s’est pourtant adressé au PS, un tournant qui a pesé sur la situation. En effet, la proposition de Pablo Iglesias à Pedro Sánchez, le secrétaire du PS, d’un « gouvernement du changement, pluriel et proportionnel » était une tentative pour diviser le PS et prendre l’initiative. Une manœuvre certes tactique adressée à l’électorat socialiste, mais qui néanmoins à niveau de masse a ramené la possibilité de rupture avec le régime à celle d’un gouvernement de « progrès » et qui, du coup, a réhabilité symboliquement le PS comme force de « gauche ». Cela dit, il y a effectivement eu des réactions hystériques de l’appareil du PS et la fragilisation d’une direction déjà très faible attaquée par des « barons » du parti.

En tant qu’Anticapitalistas, nous avons voulu peser sur le débat programmatique en essayant par des initiatives de remobiliser, comme celle de Madrid pour un plan B pour l’Europe, et défendant l’idée que Podemos soit un parti-mouvement pluraliste et démocratique de masse indépendant du PS.

Par ailleurs, pendant les débats d’investiture, une crise politique majeure a éclaté dans Podemos avec le renvoi par Pablo Iglesias du secrétaire d’organisation (errejoniste). Cela a coïncidé avec un communiqué d’Anticapitalistas (qui a eu un certain écho) où nous soutenions qu’il fallait se préparer à organiser les résistances face à l’offensive austéritaire et arrêter les offres au PS en se préparant à de nouvelles élections.

Dès lors, au sein de Podemos, l’existence de trois « familles » est indéniable : les pablistes (en gros eurocommunistes et partisans d’un rapport non subordonné au PS), les errejonistes (populistes de gauche partisans d’aller rapidement gouverner) et nous qui n’acceptons d’autres débouchés qu’un gouvernement de rupture sous hégémonie de Podemos et appuyé par un mouvement de masse, mettant l’accent sur la mobilisation extra-parlementaire.

Et maintenant ?

La semaine dernière a eu lieu une consultation en ligne de Podemos sur deux questions : Voulez-vous un gouvernement fondé sur le pacte Sanchez-Rivera (c’est-à-dire PS-Ciudadanos) ? Êtes-vous d’accord avec la proposition de changement de Podemos-En Comú Podem et Mareas ? Nous avons défendu le non à la première question et l’abstention pour la seconde, parce que celle-ci arrivait quand même avec deux mois de retard... Le résultat a été 88 % de non à la première question, et 91 % de oui à la seconde.

Il est à peu près certain qu’il va y avoir des élections ce 26 juin, même si on ne peut exclure la possibilité d’un accord in extremis. Aujourd’hui, la direction de Podemos est pour une alliance avec Izquierda Unida. Nous y sommes favorables, mais en soutenant une dynamique par en bas au-delà d’un simple accord d’appareils, pour redonner l’espoir aux couches populaires, reconstruire les mobilisations, et dépasser le PS aux élections. Si un tel scénario se confirmait, il pourrait alors y avoir un éclatement des socialistes, l’un des piliers clés du régime et des politiques libérales dans l’État espagnol.

Dans ce cadre-là, nos premières urgences sont précisément de reconstruire les mouvements de résistance, d’accroître l’influence d’Anticapitalistas au sein et en dehors de Podemos, et de tisser des liens propres avec des secteurs des couches populaires, notamment des équipes syndicales en lutte.

De Barcelone, Andreu Coll

 

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