En pleine crise, le président mexicain rend visite à Trump

Andrés Manuel López Obrador et Donald Trump espèrent un coup de pouce mutuel au milieu des crises que traversent leurs pays.

En échec à domicile, le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), rend visite au président américain Donald Trump cette semaine pour célébrer le nouveau pacte commercial nord-américain. Chacun espère que cette visite leur donnera un coup de pouce politique. Cela semble peu probable, en particulier pour AMLO. La plupart des MexicainEs et des MexicainEs-AméricainEs détestent Trump qui les a appelés « violeurs et meurtriers » et voulait que le Mexique paie la construction d’un mur destiné à les empêcher d’entrer aux États-Unis. Pourtant, AMLO se comporte en complice des politiques anti-­immigration de Trump.

Impréparation

Le Mexique compte aujourd’hui plus d’un quart de million de cas de Covid, avec 30 000 morts, dont la moitié à Mexico. Comme les États-Unis, le Mexique n’a pas pris de mesures adéquates pour lutter contre le virus parce que son président n’a pas pris le virus au sérieux. En mars, il a dit au peuple mexicain de ne pas avoir peur du virus. « Vivez votre vie comme d’habitude », a-t-il déclaré. « Si vous êtes en mesure et avez les moyens de le faire, continuez à emmener votre famille manger au restaurant... car cela renforce l’économie. » Le nombre de cas semble culminer, mais le Mexique ne fait pas beaucoup de tests et des centaines, voire des milliers de décès dus au Covid-19 n’ont pas été signalés. Les politiques du gouvernement mexicain ont été inefficaces. Il y a eu un confinement entre mars et juin et la reprise se déroule de manière confuse.

Des millions de travailleurEs ont perdu leur emploi. Des millions de personnes sont tombées dans le secteur informel de l’économie et la pauvreté. Le Fonds monétaire international prévoit que l’économie mexicaine reculera de 10 % cette année, la plus forte baisse depuis les années 1930. Le programme de relance du Mexique est assez limité et ne permet pas d’arrêter le saignement économique et social.

Violences

La violence des gangs reste également hors de contrôle. Le mercredi 1er juillet, des gangsters d’un cartel de la drogue ont pris d’assaut un centre de désintoxication à Irapuato (ville de 900 000 habitantEs au nord de Mexico), tuant 26 personnes. Depuis que le président mexicain Felipe Calderón a déclenché la « guerre contre la drogue » en 2006, quelque 250 000 personnes ont été tuées et 60 000 autres ont disparu, dont la plupart peuvent être présumées mortes. Ces homicides se poursuivent au rythme d’environ 3 000 par mois. AMLO avait initialement parlé de lutter contre la criminalité par le biais de programmes sociaux, mais a ensuite décidé de créer une nouvelle force de police militarisée : la Garde nationale. En coopération avec Trump, AMLO a utilisé la Garde pour empêcher les CentraméricainEs et d’autres en route vers les États-Unis d’entrer au Mexique. Pendant la présidence d’AMLO, les tueries n’ont pas cessé.

Parmi les nombreux meurtres au Mexique, il y a les féminicides. Le Mexique en a enregistré 1 000 l’année dernière, qui s’ajoutent aux milliers d’autres assassinats qui ont eu lieu au cours des trente dernières années dans les différents États du Mexique. En février, les MexicainEs ont été particulièrement horrifiés par les meurtres horribles de deux femmes. Ingrid Escamilla, 25 ans, a été poignardée, écorchée et éventrée, et Fátima Cecilia Aldrighett, 7 ans, a été enlevée de son école, son corps a été retrouvé plus tard dans un sac en plastique. Les femmes ont dénoncé les féminicides le 8 mars, lors de Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Mais avril s’est avéré être le mois le plus meurtrier des cinq dernières années, avec un nombre record de 267 femmes tuées. AMLO ne semble pas préoccupé par la violence contre les femmes, qui se poursuit sans relâche.

Mobilisations

Les protestations se développent dans ce contexte. Les travailleurEs de la santé ont manifesté dans plusieurs États, exigeant une augmentation du budget gouvernemental de la santé. Les médecins menacent d’organiser une manifestation nationale le 1er août. Le Front indigène des organisations binationales (FIOB), actif au Mexique et aux États-Unis, organise des manifestations contre la visite d’AMLO à Trump.

Souvent décrit comme un gauchiste, AMLO, après deux ans de son mandat de six ans, n’a pas réussi à défendre le peuple mexicain contre la maladie, le chômage ou la criminalité. Et il s’en est remis à Trump sur la question de l’immigration. Pas étonnant alors qu’aujourd’hui 58 % des gens ne le soutiennent pas. La gauche mexicaine critique les politiques d’austérité d’AMLO et appelle à taxer les riches et les grandes entreprises pour payer la crise.

Traduction Henri Wilno

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