En Guyane, la population s’oppose à une mine d’or à ciel ouvert

Sacré « champion de la terre » en septembre par les Nations unies, Macron se pose plutôt en champion des multinationales dans ce territoire français d’outre-mer qu’est la Guyane.

Autorisation de forage accordée à Total, volonté de faire aboutir un projet contesté et contestable de mine d’or à ciel ouvert : le gouvernement Macron poursuit sa politique anti-écologique et anti-populaire. Un arrêté a en effet été signé le 22 octobre autorisant Total à forer en Guyane à proximité d’un récif coralien, pour tenter d’y trouver du pétrole. Cela très peu de temps après le rapport du GIEC sur le climat et l’urgence de sortir des énergies fossiles, et après une loi promulguée fin 2017 mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures. Mais sous prétexte qu’une première autorisation avait été accordée avant la loi, on autorise de nouveau Total à essayer de trouver du pétrole !

 

« Montagne d’or »

Et ce n’est pas tout : un projet de méga mine à ciel ouvert, « la Montagne d’or », susceptible d’avoir des effets très nocifs sur l’environnement, est soutenu par le gouvernement et les élus locaux. Or, la population locale y est, elle, fortement opposée, à 70 % selon un récent sondage. Le collectif Or de question, qui regroupe des ONG locales et nationales, demande au gouvernement français l’arrêt immédiat de ces projets liés à l’industrie minière.

La Compagnie Montagne d’Or, détenue à 55 % par le russe Nordgold et à 45 % par le canadien Columbus Gold, veut établir au cœur de la forêt amazonienne une immense mine d’or à ciel ouvert. Pour ce faire, la société va pulvériser des millions de tonnes de roches, creusant une fosse de 2,5 km de long sur 400 mètres de large et 250 mètres de profondeur. Surtout, de multiples risques environnementaux sont soulignés par les opposants à la mine : la déforestation nécessaire aux installations, l’utilisation du cyanure, le risque de remontée de métaux lourds présents naturellement dans le sol, la gestion des déchets miniers et celle de l’après-mine. Le site industriel nécessiterait en effet de déraciner l’équivalent de 820 stades de foot au milieu de la forêt amazonienne. Ce qui entraînerait une destruction d’une bonne partie de la forêt et de ses écosystèmes. Le risque majeur repose sur le stockage en digue de millions de tonnes de boues cyanurées. Un réel danger car au moins 25 ruptures de digue ont eu lieu depuis 2000 dans le monde. En 2015, le Brésil a connu un accident de ce type considéré comme l’une des pires catastrophes écologiques de son histoire. Les opposantEs insistent aussi sur le fait que ce projet est un poisson pilote qui ouvrirait la porte aux autres multinationales minières en attente.

 

L’exemple de Nordgold en Guinée : une activité catastrophique

Bien entendu, la compagnie Nordgold se pare de toutes les vertus de société responsable. Or, l’exemple de la Guinée, où elle exploite déjà une mine, est très parlant. Les habitantEs du village voisin de la mine se sont vus contraints de quitter leurs terres. « Cette mine ne nous apporte que du malheur et tue notre bétail », expliquent-ils. Une centaine de vaches et de chèvres sont en effet mortes après s’être abreuvées dans le bassin ces dernières années.

Quant aux promesses de développement économique, qui constituent l’argument majeur des défenseurs du projet, elles sont loin d’être au rendez-vous. La société affirme vouloir employer des personnes locales. Or, « sur les 1 755 habitants, un seul d’entre nous travaille aujourd’hui à la mine. Nous étions davantage avant l’arrivée des Russes ». « Ils prennent des stagiaires, mais ne les gardent jamais », affirmait un syndicaliste à Mediapart en ajoutant : « À une exception près, tout l’encadrement est assuré par des expatriés ». Et en plus, elle détruit l’emploi, notamment agricole, du fait de la déforestation, de la disparition des cours d’eau par ensablement lié à l’activité minière. Il n’y a plus de poissons, les terres arables sont devenues rares. La mine prospère, les agriculteurs régressent, constate amèrement un habitant…

 

Régine Vinon

 

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