En Guadeloupe et en Guyane : référés contre les autorités sanitaires, le pouvoir colonial tremble

Le jugement rendu par le tribunal administratif de Basse-Terre en Guadeloupe le vendredi 27 mars a fait trembler le pouvoir colonial. Le tribunal saisi en référé par l’UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe) a ordonné à l’ARS et au CHU de Pointe-à-Pitre d’acheter 200 000 tests de dépistage et des traitements pour 20 000 patients. Les autorités ont saisi le Conseil d’État, mais elles se sont empressées de commencer à mettre en place une partie des demandes de l’UGTG, notamment la commande de médicaments et de tests.

L’UGTG  reconnue représentative

Le 4 avril, le Conseil d’État a rendu ses conclusions et bien qu’il casse la décision du tribunal de Basse-Terre en se basant sur les commandes réalisées par le CHU et l’ARS, le Conseil d’État reconnaît la légitimité pour l’UGTG d’être représentative pour l’ensemble de la population de l’archipel guadeloupéen, ce contre quoi les autorités sanitaires n’avaient de cesse de protester.

Dans la foulée de la décision de Basse-Terre, un collectif guyanais regroupant l’UTG, le MDES, le Komité Drapo et Trop Violans, a saisi le tribunal administratif de Cayenne le 31 mars afin de contraindre les autorités sanitaires (préfet, ARS et directeurs des trois hôpitaux) à fournir le nécessaire à la prise en charge de la population dans le cadre de la crise sanitaire liée au Covid-19. Tests, masques, traitements, sur-blouses, respirateurs, ouverture de lits de réanimation, personnels médical et paramédical figurent dans la demande de ce collectif qui dénonce une gestion catastrophique de la crise sanitaire au sein du plus grand désert médical sous autorité française, qui a conduit à l’entrée massive du coronavirus responsable de la contamination attestée et largement sous-estimée d’au moins 83 personnes à ce jour.

Succès aussi à Cayenne

Alors que le juge des référés devait se prononcer le 2 avril au plus tard, son jugement ne sera finalement rendu que le 6 avril. Ce délai a ainsi permis aux autorités sanitaires locales de mettre en application en urgence une partie des revendications du collectif en déclarant la Guyane au stade 2 de l’épidémie. Ainsi, le trafic aérien arrivant de France est enfin sérieusement contrôlé avec une surveillance médicale stricte à l’aéroport, un confinement spécial et l’annonce de l’arrêt des vols commerciaux dans les prochains jours. Les conditions de travail dans les centres hospitaliers évoluent également avec une mise en place du port obligatoire du masque pour tous les professionnels de santé, ce qui devrait enfin permettre de libérer les stocks sous clef qui étaient jusqu’à ce jour inaccessibles. Le 6 avril le tribunal de Cayenne a finalement rejeté les demandes du collectif en prétextant que des mesures avaient été mises en place en urgence par les autorités sanitaires. On notera au passage l’incroyable connivence caractéristique de la gestion étatique dans les colonies qui a permis aux juges de tenir compte d’éléments qui  sont apparus après la clôture de l’instruction, alors que le jugement ne peut normalement s’appuyer que sur des faits écrits transmis avant la clôture de l’instruction.

Ces deux procédures ont permis de montrer la fébrilité des autorités sanitaires dans les colonies françaises. La gestion coloniale de cette crise qui se caractérise par l’attribution du minimum pour les Outre-mer sous prétexte de la crise aiguë en France hexagonale, risque de laisser de nombreuses traces dans les consciences des colonisés. Plus que jamais, les révolutionnaires dans les colonies peuvent démontrer à quel point les autorités étatiques sont illégitimes pour gérer cette crise, la voie de l’autodétermination restant la seule possibilité de salut pour les peuples colonisés.

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