En Belgique, Gilets jaunes sur fond de crises

Depuis le 17 novembre, la Belgique connait elle aussi une mobilisation de « gilets jaunes ». S’il n’est pas question de « taxe carbone » à Bruxelles, l’étincelle est malgré tout venue de la hausse des prix des carburants. Mais les revendications exprimées depuis lors laissent entrevoir des racines bien plus profondes au mécontentement.

Les origines du mouvement sont à chercher du côté de la précarité, de l’injustice fiscale et du sentiment que la machine (jusqu’ici bien huilée) de la « concertation sociale » est enrayée. Un communiqué daté du 26 novembre, adressé au Premier ministre Charles Michel et signé « les Gilets jaunes », résumait ainsi les raisons de leur colère : « Due à des fins de mois difficiles, colère face à des élus qui ne veulent rien entendre, colère en raison des différents scandales de politiciens malhonnêtes, colère devant les inégalités fiscales... ». Il faut dire que les classes populaires encaissent les régressions sociales depuis des années : exclusions des allocations de chômage, augmentation de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans, précarité étudiante, etc. En ce qui concerne la fiscalité, la Belgique figure en tête des pays de l’OCDE où les revenus du travail sont les plus imposés, alors que la taxation du capital reste très faible. Les grosses fortunes ne sont pas imposées (Bernard Arnault l’a bien compris) et 221 milliards d’euros se sont envolés vers les paradis fiscaux en 2016.

Échec d’une stratégie syndicale
La mobilisation des Gilets jaunes (principalement présents dans la partie francophone du pays) révèle aussi l’échec des syndicats à organiser la colère. À l’hiver 2014, une série de manifestations de grande ampleur et de grèves tournantes avait mis le gouvernement Michel dans les cordes dès son entrée en fonction. Mais à l’approche des fêtes de fin d’année, les directions syndicales ont appelé à la trêve hivernale et sont retournées à la table des négociations. S’en est suivie une situation où seules restent à négocier les modalités d’application des mesures d’austérité. Une certaine démoralisation s’est emparée des militantEs, pourtant toujours demandeurEs d’actions plus offensives que les promenades des cortèges syndicaux. La stratégie du gouvernement de marginaliser les organisations syndicales et de mettre en pièces la concertation sociale héritée de l’après-guerre est en train de porter ses fruits. Et les directions syndicales, qui avaient tout misé sur la concertation, se retrouvent aujourd’hui dans l’impasse.

Des clarifications nécessaires, des alliances possibles
Dans ce contexte, la révolte des Gilets jaunes semble jouir d’un soutien non négligeable parmi les classes populaires, même si son ampleur est beaucoup plus limitée qu’en France. Le 8 décembre, un peu plus de 1 000 personnes ont manifesté à Bruxelles ; 450 ont été arrêtées administrativement, certaines à peine descendues du train. Le mouvement reste très hétérogène malgré les tentatives de récupérations de l’extrême droite. Sa diversité constitue à la fois une force et une faiblesse, et des clarifications sont nécessaires, non seulement face à l’extrême droite mais aussi en termes d’objectifs et d’alliances. Une délégation de Gilets jaunes a été reçue la semaine passée par le Premier ministre qui a annoncé, quelques jours plus tard, que les prix du diesel et de l’essence ne seraient pas indexés en 2019. Une petite victoire pour un mouvement qui ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. Plusieurs mobilisations (syndicales, climatiques, pour la justice migratoire) sont prévues dans les semaines à venir : autant d’opportunités de faire converger ces luttes et celles des Gilets jaunes.

Sébastien Brulez

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