Élections aux États-Unis : radicalisation trumpiste contre poussée à gauche

Ni « raz-de-marée » démocrate, comme le pronostiquaient les sondages, ni « grande victoire » pour Trump, comme l’a tweeté le président des États-Unis au soir du 6 novembre, les récentes élections de mi-mandat aux États-Unis témoignent d’une polarisation de plus en plus forte dans la société étatsunienne : fixation et radicalisation de la base de Trump ; poussée à gauche (contenue) dans le Parti démocrate.

Les élections de mi-mandat sont toujours un test pour le président des États-Unis, avec le renouvellement de l’intégralité du Sénat et d’un tiers de la Chambre des représentants. Et si Donald Trump peut se satisfaire de la consolidation de sa majorité au Sénat, le basculement côté démocrate de la Chambre est évidemment une défaite personnelle du président.

Trump limite les dégâts
À l’heure où ces lignes sont écrites, l’ensemble des résultats des élections du 6 novembre ne sont pas connus, avec entre autres un recompte des voix en Floride et diverses contestations suite à des irrégularités aux quatre coins du pays. Mais on peut déjà affirmer que, si Trump ne peut nullement se prétendre « vainqueur » des élections, sa campagne tout en brutalité, notamment contre les migrantEs, a mobilisé et radicalisé son électorat. L’Amérique rurale et blanche a voté massivement, comme en 2016, pour Trump, confortée par sa rhétorique ultra-nationaliste, son discours sur la croissance et l’emploi et, pour une partie d’entre eux, sa politique fiscale.
En revanche, son électorat s’effrite dans les centres urbains et les périphéries (banlieues « middle class »), certainEs électeurEs républicains peu convaincus par Trump ayant préféré se tourner vers des « Démocrates modérés » (en d’autres termes des centristes libéraux). Qui plus est, il convient de noter que Trump a bénéficié, indirectement, des pratiques de charcutage électoral à grande échelle dans les États dominés par les Républicains. Comme le rappelait la journaliste Laura Raim dans une interview à Regards au lendemain des élections, « il y a eu une politique massive de ce que l’on appelle “la suppression d’électeurs” […] pour évincer les jeunes, les pauvres, les noirs et les latinos des urnes. »

Polarisation inédite
Les Démocrates, qui n’ont pas réussi à reprendre le Sénat même s’ils ont obtenu, nationalement, environ 8 millions de voix de plus que les Républicains, ne peuvent guère se targuer d’avoir triomphé de Trump, même si leur prise de contrôle de la Chambre des représentants peut mettre en difficulté ce dernier, notamment en raison des diverses enquêtes ouvertes depuis son élection. Mais l’appareil du Parti démocrate ne sort pas grandi de cette élection, dont les résultats témoignent d’une poussée à gauche qui pourrait s’avérer, à terme, incompatible avec les orientations du second parti de la bourgeoisie étatsunienne.
Les élections très médiatisées d’Alexandria Ocasio-Cortez et de Rashida Tlaib, membres des Democratic Socialists of America (DSA), témoignent ainsi d’une contestation de l’orientation de la direction démocrate, qui a tout fait, pendant les primaires, pour empêcher les courants et les personnalités de gauche de s’imposer. Au-delà de ces deux cas, les élections et/ou les excellents scores de candidatEs issus de groupes sociaux qui se sont fortement mobilisés contre Trump (femmes, latin@s, noirEs, musulmanEs…), est la condensation, sur le champ politique, des mouvements de masse qui ont eu lieu ces dernières années.
Ainsi, et ce sans avoir aucune illusion sur le Parti démocrate et sur les institutions étatsuniennes, force est de constater qu’une polarisation inédite s’est exprimée lors des élections : un encouragement pour les anticapitalistes et les mouvements sociaux aux États-Unis, même si la route est encore longue pour imposer une réelle alternative, sociale et politique, au système bipartisan, qui ne pourra se construire qu’en s’appuyant sur les mobilisations et en toute indépendance du Parti démocrate.

C.B.

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