Égypte : des massacres Made in France

Un rapport d’Amnesty International daté du 16 octobre fait état de ventes d’armes de la France à l’Égypte de 2012 à 2017 pour un total de 4 milliards d’euros1

Les entreprises françaises sont devenues les premiers fournisseurs de matériel de mort de l’Égypte, à hauteur de 37 % des livraisons d’armes lourdes, devant les entreprises américaines sur la période 2012-2017. La France est le troisième pays exportateur d’armes au monde, et un tel fleuron industriel, ça se défend. Hollande et son gouvernement faisaient semblant de dénoncer l’islamisme de Morsi d’abord, puis le pouvoir militaire d’Al-Sissi. Mais en plus de jouer aux clowns, ils jouaient aux VRP de chars de Renault, de navires de guerre et d’avions Rafale de Dassault, contournant sans trop de difficultés une directive européenne de 2013 contre ce type de vente d’armes à l’instar de onze autres pays européens (sur 28). Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense de 2012 à 2017 et actuellement ministre des Affaires étrangères, a même été décoré de l’ordre de la République égyptienne par Al-Sissi l’année dernière. Pour services rendus ?

Des armes au service d’une répression tous azimuts

Le rapport d’Amnesty International pointe l’utilisation de ces armes dans la répression meurtrière qui s’abat sur les opposantEs au pouvoir militaire en place. Il souligne que les véhicules blindés de Renault Trucks Défense ont été utilisé dans l’écrasement des manifestations du 14 août 2013. Cette répression avait entraîné plus de 1 000 mortEs en une seule journée à l’occasion de manifestations en opposition au coup d’État des militaires d’Al-Sissi contre les Frères musulmans de Morsi quelques semaines auparavant. Cette répression d’août 2013 ne s’était pas abattue que sur les militantEs et sympathisantEs islamistes : moins de deux semaines plus tard, le régime réprimait violemment une grève des ouvrierEs du textile à Mahalla. Depuis, ce sont l’ensemble des forces d’opposition qui ont été victimes de la répression tous azimuts du régime militaire de Sissi.

À la suite de la publication de ce rapport, Florence Parly, ancienne d’Air France, de la SNCF, du gouvernement de Jospin et aujourd’hui ministre des Armées de Macron, ne fait pas semblant d’être choquée, et invoque « nos emplois ». On est ravi d’apprendre, au-delà du cynisme de ce genre de déclarations, que ce gouvernement qui ne s’intéresse qu’aux profits des patrons se préoccuperait aussi de l’emploi… Surtout, la ministre a voulu se dédouaner en affirmant que la France ne vend des armes qu’à l’armée et ne serait donc pour rien dans leur utilisation à des fins de répression interne. Or, en Égypte c’est justement l’armée au pouvoir qui mène la répression, et ce depuis des décennies, ce que les politiciens français, dont le soutien à l’armée égyptienne ne date pas d’hier, savent pertinemment. 

Stéphane Pirès 

  • 1. « Égypte, des armes françaises au cœur de la répression », Amnesty International, 16/10/2018. En ligne sur le site d'Amnesty.

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