Cuba et Argentine : Débarquement libéral et impérialiste

Il y a une semaine, Obama était à Cuba pour une visite historique. « Comment ça va Cuba ? », a-t-il lancé à son arrivée, désinvolte, comme s’il revenait chez lui après une longue absence…

Cette visite visait, selon la Maison Blanche, à rendre « irréversible » le rapprochement entre les États-Unis et Cuba amorcé en décembre 2014. Les relations diplomatiques ont été rétablies en juillet dernier, mais l’embargo établi en 1961, durci jusqu’à l’absurde par les administrations Reagan et Bush, est maintenu du fait de l’opposition des Républicains majoritaires au congrès. Rendre « irréversible », c’est-à-dire intégrer définitivement Cuba au libéralisme mondialisé dans la sphère de domination des USA.

Lors d’un discours retransmis en direct à la télévision nationale, Obama a proclamé ses volontés démocratiques : « Le futur de Cuba doit être entre les mains des Cubains. […] Je pense que les citoyens devraient être libres d’exprimer leurs opinions sans peur, de critiquer leur gouvernement et de manifester de manière pacifique. Je pense que les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement lors d’élections libres et démocratiques.»

Raúl Castro n’a réagi que pour applaudir lorsque Obama a appelé le Congrès américain à lever l’embargo. Celui-ci a aussi reçu des opposants au régime dénonçant la répression. En fait, pendant ces trois jours de visite, Obama s’est comporté en territoire conquis, s’adressant au peuple cubain par-dessus la tête de ses dirigeants. « Creo en el pueblo cubano ! », a-t-il lancé pour conclure : « Si se puede ! », « Yes we can ! »

Concurrence entre grandes puissances

Obama a ignoré Fidel Castro qu’il n’a pas rencontré. Il était venu à Cuba pour «enterrer le dernier vestige de la guerre froide en Amérique », mais en aucun cas pour saluer la révolution de 1959 et son leader, c’est-à-dire désavouer la sinistre politique de l’impérialisme américain. Il n’a pas plus reconnu en Argentine, où il s’est ensuite rendu au moment de la commémoration du coup d’État des militaires il y a 40 ans, la responsabilité des USA dans la terrible dictature qui s’était alors abattue sur le peuple argentin. Il a certes rendu hommage aux victimes, mais pour mieux soutenir le gouvernement libéral aujourd’hui au pouvoir et entièrement dévoué aux USA.

La politique d’Obama vise à reprendre pied en Amérique latine et dans la Caraïbe face à la concurrence des autres grandes puissances, en particulier celle de la Chine dont les relations commerciales avec Cuba ont augmenté de 57 % au cours des trois premiers trimestres de 2015.

Pour le moment, seules quelques rares entreprises étatsuniennes sont engagées. AT&T signera bientôt un accord avec la compagnie étatique cubaine de télécommunications ETECSA ; Airbnb aussi pour la location d’appartements et de maisons particulières pour le tourisme ; la compagnie téléphonique IDT et les importantes compagnies de téléphones cellulaires Sprint et Verizon ; les chaînes hôtelières Starwood et Marriott... Et les compagnies aériennes US pourront bientôt proposer des vols commerciaux directs pour Cuba…

Dans la suite de la visite d’Obama, les Rolling Stones, jusqu’alors bannis par le régime, ont tenu un immense concert gratuit à La Havane. « Les Rolling Stones entrent dans l’histoire », titrait le quotidien officiel Granma. Au moins un demi-
million de spectateurs... La liberté est contagieuse, un processus bien plus « irréversible » que l’offensive libérale et impérialiste…

Yvan Lemaitre

 

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