Crise au Liban : la France fait partie du problème, pas de la solution

« Liban : la crise est apaisée, mais loin d’être résolue ». Ce titre d’un article publié par le Monde le 18 novembre est un bon résumé de la vision, depuis la France, de la situation libanaise, et des contradictions d’une diplomatie française qui prétend « préserver le Liban des tensions régionales » tout en contribuant à entretenir ces dernières.

La crise politique au Liban, consécutive à la démission du Premier ministre Saad Hariri le 4 novembre, n’est pas seulement un révélateur de l’accroissement des tensions régionales entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Elle est aussi l’occasion de mesurer à quel point, malgré les déclarations d’intention, la France poursuit une dangereuse politique d’ingérence dans la région.

Ne pas confondre ingérence et ingérence

« Nous sommes préoccupés par la situation au Liban parce que le Liban a une longue histoire avec la France, et nous sommes soucieux de sa stabilité, nous sommes soucieux de son intégrité » : ainsi s’est exprimé, le 13 novembre, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui, avec ses euphémismes douteux, s’inscrit clairement dans une vision coloniale de la relation entre la France et la Liban. Avant d’ajouter, en bon impérialiste, que la France était « soucieuse de la non-ingérence » au Liban, ciblant sans les nommer l’Iran et l’Arabie saoudite, accusée à demi-mots de retenir Hariri sur son territoire. 

En résumé : la seule ingérence tolérable est l’ingérence française. Une vision que ne semble pas renier Jean-Luc Mélenchon, qui a salué l’invitation lancée par Macron à Hariri par ces mots : « L’invitation de Hariri en France est une bonne initiative. Elle peut aider à obtenir la liberté du Premier ministre libanais ». Amour de la patrie, quand tu nous tiens… 

Le Liban pris en otage

Peu de choses ont filtré de la rencontre entre les autorités françaises et Hariri, reçu à l’Élysée le 18 novembre, si ce n’est une déclaration du Premier ministre démissionnaire : « La France a montré encore une fois la grandeur de son rôle dans le monde et la région. Elle prouve son attachement au Liban et à sa stabilité. » De toute évidence, celui qui s’est récemment fait taper sur les doigts par le parrain saoudien désireux de faire tomber un gouvernement d’union libanais auquel participe le Hezbollah, allié de l’ennemi iranien, cherche des soutiens internationaux… 

Avec un Hariri affaibli et une population libanaise qui se retrouve une fois de plus otage des rivalités entre puissances régionales, la France tente de jouer la carte du médiateur pour préserver, sinon consolider, ses positions au Moyen-Orient. 

Aucune illusion quant à un « rôle positif » de la France

Mais les numéros d’équilibriste ont leurs limites et le « en même temps » cher à Emmanuel Macron fait encore moins illusion dans le domaine de la politique étrangère. La France ne fait pas partie de la solution à la crise régionale, elle fait partie du problème : participation directe ou indirecte aux expéditions militaires, ventes massives d’armes à l’Arabie saoudite, soutien à divers régimes -réactionnaires, etc. 

L’accroissement des tensions régionales, dont la crise libanaise est un symptôme, est un danger pour l’ensemble des populations du Moyen-Orient déjà meurtries par les conflits et les interventions militaires. Mais la solidarité internationale passe par une opposition, ici et maintenant, aux ingérences intéressées de l’impérialisme français, et non par la diffusion de quelconques illusions quant au « rôle positif » que pourrait jouer ce dernier. 

Julien Salingue 

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