Côte d’Ivoire : Conflit autour du grisbi

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De nouveau, la Côte d’Ivoire a connu quatre jours de crise avec les mutineries des soldats dans les principales villes du pays.

On se souvient qu’en début d’année, une grogne similaire avait débouché sur un accord de 12 millions de francs CFA, soit à peu près 18 000 euros par mutin, somme considérable pour le pays. Un premier versement de 7 500 euros avait été effectué, et ensuite devait suivre un versement mensuel d’un million de francs CFA pendant sept mois.

Le président Ouattara a tenté de remettre en cause cet accord provoquant ces nouvelles mutineries, mais a dû céder devant la fermeté de ces militaires qui lui ont rappelé que son arrivé au pouvoir est due à la rébellion armée fomentée en 2002... et qu’il s’agit maintenant de partager le butin.

Conséquences

Pendant quatre jours, les populations sont restées chez elles pour éviter d’être passées à tabac ou d’être touchées par des balles perdues tirées en pleine ville. Un risque bien réel puisque quatre personnes ont été tuées et d’autres blessées. La paralysie du pays a pénalisé les nombreuses personnes qui vivent au jour le jour d’un petit commerce.

Le coût de l’accord avec les mutins est évalué à 100 milliards de FCFA, alors que dans le même temps, le pays subit de plein fouet la baisse du cours du cacao qui représente 50 % des revenus du pays. Cette baisse de l’or brun a des conséquences directes sur les entrées fiscales. 

En effet, le gouvernement a dû renoncer à la taxe d’enregistrement sur les exportations pour ne pas pénaliser les petits producteurs. Si la Côte d’Ivoire pourra compter sur les prêts de la Banque mondiale, du FMI et de la France, elle devra cependant diminuer les investissements, notamment pour les projets de construction de centre de santé, de rénovation des établissements scolaires et l’électrification des petits villages.

Crise politique

Ces mutineries mettent en lumières aussi la faiblesse de Ouattara. Arrivé au pouvoir grâce à l’armée française, du temps de Sarkozy, il reste l’otage des soudards qui l’ont porté au pouvoir, d’autant que ceux que l’on appelle les démobilisés, c’est-à-dire les ex-rebelles qui n’ont pas été intégrés dans l’armée, exigent eux aussi leur part.

Au sein de l’armée ivoirienne, les tensions sont exacerbées entre les soldats issus de la rébellion avec leur pactole et les autres qui sont restés fidèles à l’ancien président Gbagbo. Cette division dans l’armée est aussi présente dans le pays. En effet, la réconciliation n’a jamais eu lieu faute de justice. Seuls les partisans de Gbagbo sont poursuivis en justice alors que les responsables des milices pro-Ouattara, responsables de crimes de guerres, sont affectés aux plus hautes responsabilités de l’État.

Mais la crise du régime Ouattara suscite des impatiences. Les jeunes générations des deux camps tentent de pousser les caciques du pays dehors, quitte à s’allier : « Nous ne pouvons pas laisser le pays à l’abandon. Si nos aînés n’ont pu régler leurs divergences de la meilleure des façons, il revient aux plus jeunes d’œuvrer. » Une telle perspective ne sera pas plus bénéfique pour les populations.

Paul Martial

 

 

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