Corse : Et maintenant ?

Le 13 décembre 2015, avec 36 % des suffrages exprimés, la liste nationaliste composée de deux tendances interclassistes, la première de nature autonomiste et la seconde d’obédience indépendantiste, est arrivée en tête.

La liste dispose d’une majorité relative (24 élus sur 51) au sein de la Collectivité territoriale de Corse. Ce résultat, amplement dû à la mobilisation d’une grande partie de la jeunesse, génère une vague d’enthousiasme au sein de la société. Il provoque aussi des réactions au niveau de la classe politique française, qui, de Mélenchon à Valls, en passant par Juppé et Le Guen, se sont montrés très hostiles en martelant que la Corse est française et qu’elle le restera. Ce torrent d’imprécations, mélange de relents coloniaux et très souvent de nature xénophobe, illustre bien la nature des rapports entre le peuple corse et l’État français.
Ces deux phénomènes ne peuvent pas occulter plusieurs réalités. Les nationalistes, qui n’ont pas fait campagne sur le droit à l’autodétermination, vont gérer des contradictions majeures et ainsi donner à voir la réalité de leur projet de société. Une fois passée l’étape de « l’état de grâce », leur approche des questions économiques et sociales feront office de révélateurs.

Quid de la question sociale ?

Le contexte social, marqué par un taux record de chômage et par le fait que 50 000 personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, lui, ne connaît pas d’« état de grâce ». Les 583 travailleurs de la compagnie de navigation (SNCM) qui viennent de recevoir leurs lettres de licenciement peuvent en témoigner. Les directions des mouvements nationalistes encore majoritaires ont donc fait le choix de limiter leurs actions dans le cadre unique du champ électoral. Dominées par une fraction de la petite bourgeoisie, elles vont tenter d’agréger dans leurs démarches une partie de la droite et un conglomérat de personnalités issues des courants sociaux-libéraux.
Pressentant tous ces phénomènes, notre organisation avait opté pour un boycott actif de ces élections par le moyen d’une campagne publique. Convaincus que l’arrivée possible au pouvoir de nationalistes libéraux à l’Assemblée de Corse ne permettrait en aucune manière la désaliénation des classes populaires corses et ne servirait que les intérêts d’une minorité, les militants de la Manca ont fondé leurs démarches en s’adressant prioritairement au monde du travail. Il n’était pas question  d’un appel à l’abstention ni au vote blanc. Il s’agissait de faire entendre la voix de la Corse sur la base de la revendication du droit à l’autodétermination, et ce en dehors des institutions.

Cette campagne a enregistré des échos positifs. Cependant l’illusion du changement et donc du vote utile face aux clans et face à l’État ont permis aux autonomo-nationalistes de bénéficier d’un important soutien populaire. Ce qui ne nous interdit pas de continuer d’affirmer qu’il n’y aura pas de libération nationale sans socialisme, pas plus qu’il n’y aura de socialisme sans émancipation nationale.

Serge Vandepoorte (A Manca)

 

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