Corée: Bruit de bottes dans le Pacifique

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International
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La guerre de Corée (1950-1953) n’a jamais été soldée. La plaie s’est aujourd’hui ravivée avec des implications profondes pour toute la région. Le bras de fer entre Washington et Pyongyang rend la situation instable et l’avenir aléatoire.

Il aurait suffi, pour faire baisser les tensions dans la péninsule, que les États-Unis suspendent les grandes manœuvres militaires engagées avec la Corée du Sud contre la Corée du Nord, ou que Pyongyang réponde favorablement aux offres de dialogue du nouveau président sud-coréen Moon Jae-In après sa récente élection.

Ce que veut Kim Jong-Un 

Le dictateur nord-Coréen veut assurer la survie du régime face à un environnement international très hostile et veut forcer pour cela la signature par les USA d’un traité de paix en bonne et due forme – qui n’a jamais été signé après l’armistice de 1953 – et qui reconnaisse la Corée du Nord comme un État nucléaire. Vu le sort infligé à l’Irak de Sadam Hussein ou la Libye de Khadafi, Kim est convaincu que la possession d’un tel arsenal est, à terme, une garantie indispensable d’indépendance, sachant que la « protection » chinoise s’avère, à l’avenir, aléatoire.

Kim Jong-Un a radicalement modifié la politique menée avant lui par son père et son grand-père autour de deux axes : d’une part, en accélérant brutalement le programme nucléaire (augmentation de la portée des engins balistiques, miniaturisation et multiplication des ogives, recherches sur la bombe à hydrogène…) et, d’autre part, en permettant la libéralisation partielle d’une économie de marché afin de stabiliser la situation sociale interne qui reste très fragile.

Sa politique est rationnelle, mais elle a des conséquences très graves : relance de la course aux armements dans la région, montée du militarisme (au Japon en particulier), coup d’arrêt porté à l’ouverture initiée en Corée du Sud après le renversement de la droite revancharde. Kim Jong-Un ne veut négocier qu’avec les États-Unis et traite en quantité négligeable le président Moon Jae-In. Dans ces conditions, ce dernier se croit aujourd’hui forcé d’accepter le déploiement de nouvelles batteries de missiles antimissiles Thaad, ce qu’il refusait au lendemain de son élection, et le renforcement de la présence militaire US dans son pays.

Ce que veut Donald Trump 

Le président étatsunien a de son côté les mêmes souhaits que l’establishment démocrate comme républicain : ne pas reconnaître la Corée du Nord ; une orientation mise en œuvre tant par George Bush junior que par Barack Obama. L’état légal de guerre (de non-paix) dans la péninsule permet de maintenir les bases militaires US en Corée du Sud. Aux yeux de Washington, cet enjeu stratégique est particulièrement important alors qu’en mer de Chine du Sud, l’hégémonie chinoise se renforce. L’hégémonie US doit d’autant plus s’affirmer avec force dans le Pacifique Nord.

Donald Trump et l’état-major veulent aussi obtenir une augmentation considérable du budget militaire, ce qui est loin d’être acquis – un « climat de guerre » est un argument de poids dans les négociations au Congrès. Trump veut aussi faire pression sur Pékin : la puissance établie (les États-Unis) ne voit pas d’un bon œil le déploiement de la jeune puissance montante (la Chine). Il souhaite encore faire oublier la situation désastreuse qui est la sienne sur le plan interne (scandales, impopularité croissante…). De plus, c’est un macho invétéré qui peut vouloir un jour donner consistance à sa rhétorique vengeresse et à ses annonces apocalyptiques. Le tout constitue un cocktail redoutable qui inquiète jusqu’à ses alliés internationaux les plus proches.

Autre facteur potentiel d’instabilité, l’évolution de la situation en Corée du Nord. Jusqu’à maintenant, les sanctions économiques internationales n’ont pas atteint leurs objectifs. Le régime a des moyens de les contourner (mais à un coût financier notable) et il peut compter sur le nationalisme de la population qui n’a pas oublié à quel point le pays a été littéralement réduit en poussière par les bombardements US dans les années 1950. Le régime peut-il néanmoins se fissurer demain, malgré les purges, et avec quelles conséquences ?

Toute confrontation militaire dans cette partie du monde, même « accidentelle », peut devenir nucléaire.

Pierre Rousset

 

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