Contre le coup d’État en Bolivie

Nous publions deux communiqués relatifs à la situation en Bolivie, sur laquelle nous reviendrons très prochainement.

 

Communiqué du PSOL (Parti socialisme et liberté, Brésil)
Ce dimanche 10 novembre restera comme l’un des jours les plus sombres de l’histoire de l’Amérique du Sud. Après des semaines d’une campagne de déstabilisation internationale, groupes capitalistes, propriétaires terriens et forces armées boliviennes ont réussi à chasser le président Evo Morales et son vice-président Garcia Linera. Il s’agit d’un coup d’État à caractère réactionnaire et à forte composante raciste, comme l’ont montré les attaques successives contre les organisations indigènes et la violence des groupes d’extrême droite contre les militants défendant la souveraineté populaire.
Quelques heures plus tôt, Evo Morales avait accepté les recommandations de l’Organisation des États américains (OEA) et annoncé la tenue de nouvelles élections générales, signifiant sa volonté de trouver une solution pacifique à la crise politique. Mais cela n’était pas assez pour repousser le coup d’État des oligarques basés dans la « Media Luna », une région regroupant des zones dominée par des populations non-indigènes. Les élites, qui n’ont à aucun moment fait preuve d’un quelconque respect ou d’une quelconque écoute vis-à-vis des aspirations des communautés variées de Bolivie, ont accéléré le processus de coup d’État, avec en outre des pressions notoires des médias mainstream sur le gouvernement. La mutinerie de la police et la « suggestion de démission » du chef des Forces armées sur une chaîne nationale ont été des éléments cruciaux pour le succès final du coup d’État.
Il est essentiel de noter que cette rupture de l’ordre démocratique en Bolivie intervient dans un contexte d’accélération de l’instabilité politique en Amérique latine. Nous assistons actuellement à des rébellions populaires massives au Chili, en Équateur et à Haïti. Les projets néolibéraux, à l’instar de ceux de Mauricio Macri en Argentine ou d’Ivan Duque en Colombie, sont à nouveau rejetés dans les urnes. Ce n’est dès lors pas une coïncidence si la droite et l’extrême droite bolivienne se sont organisées (probablement avec l’aide d’agents du gouvernement de Bolsonaro, comme l’ont révélé les enregistrements publié par [le journal] El Periodico) pour faire chuter le gouvernement du MAS [Mouvement vers le socialisme, parti d’Evo Morales], dont la genèse remonte aux insurrections indigènes et populaires du début de la dernière décennie.
Dans de telles circonstances, le PSOL se joint aux organisations internationales qui rejettent énergiquement le coup d’État en Bolivie. […]


Communiqué de France-Amérique latine
France-Amérique latine condamne avec la plus grande fermeté le coup d’État survenu en Bolivie, car c’est bien cela dont il s’agit, derrière la démission du président Evo Morales et de son vice-président Alvaro Garcia Linera.
Soutenues par les États-Unis de Trump (mais aussi par Bolsonaro et Piñera), la droite, l’extrême droite et certains secteurs de l’armée, utilisant la menace d’un bain de sang et les mobilisations en cours, ont en effet obtenu la démission du gouvernement bolivien.
Cette démission contrainte est l’aboutissement de plusieurs jours de pression dans le pays : après le résultat contesté de l’élection présidentielle du 20 octobre qui avait donné la victoire à Evo Morales, la droite s’est regroupée derrière son candidat Carlos Mesa, puis progressivement sous la bannière de Fernando Camacho, leader fascisant du Comité Civique Pro Santa Cruz, pour mener des manifestations de plus en plus violentes et racistes. Multipliant les attaques contre tous les symboles du régime, brûlant des locaux, lynchant des personnalités du Movimiento Al Socialismo, le parti de gouvernement, la droite a cherché et obtenu l’appui de membres de la police et du commandement des forces armées pour pousser Morales à la démission.
Derrière les violences de ces derniers jours, on retrouve la marque du courant patronal qui avait organisé, sans succès, les émeutes de 2008, tentant d’obtenir la sécession de la région de Santa Cruz N’ayant jamais accepté la politique redistributive d’Evo Morales, ce mouvement est prêt à entraîner le pays dans une guerre civile en défense de ses intérêts économiques.
Plusieurs fois au cours de l’histoire, les militaires ont imposé des régimes de dictature contre le peuple bolivien. D’heure en heure, les masques tombent : alors qu’Evo Morales propose de réorganiser des élections sous le contrôle de personnalités indépendantes, la droite et l’armée refusent cette sortie de crise, mettant en péril la paix dans le pays et révélant clairement que le but de l’opposition, loin d’un prétendu souci de démocratie, est bien de prendre le pouvoir par la force et d’y réinstaller la droite alliée à l’extrême droite, en mettant en place un gouvernement provisoire non élu. […]

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