Brexit : pas de long fleuve tranquille pour Theresa May

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La rapidité avec laquelle la Première ministre britannique Theresa May a cherché à rencontrer Donald Trump – elle a été la première cheffe de gouvernement à être reçue par le nouveau président – avec dans la foulée, une rencontre avec Erdogan (!), montre la détermination avec laquelle elle a l’intention de mener sa nouvelle politique internationale, suite à la décision d’opter pour un Brexit « dur »...

Néanmoins, la mise en place de cette politique n’est pas assurée d’être sans difficultés. Le premier problème pour le gouvernement May, après un Brexit, comportant la sortie du marché unique et de l’union douanière, sera la négociation de nouveaux accords commerciaux avec l’Union européenne et des accords bilatéraux avec tous les autres pays du monde.

C’est dans le but de renforcer les liens économiques et militaires avec le pays qui importe le plus de produits du Royaume-Uni que Theresa May s’est précipitée chez Trump. Mais malgré les déclarations d’amitié envers son invitée – qu’il aurait surnommé en privé « Ma petite Maggie » – Trump, déguisé en Ronald Reagan ou pas, reste un allié peu fiable. Lors de la conférence de presse, May a fait dire à Trump qu’il était « 100 % derrière l’Otan », une organisation que Trump avait pourtant qualifié un peu plus tôt d’« obsolète ». Par ailleurs, les États-Unis, première puissance du monde, dépendent, eux, bien moins des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni, et le « deal » que Trump souhaite négocier sera ­forcément en faveur du plus fort...

Pendant plusieurs jours, après le décret sur l’interdiction d’entrée des musulmans sur le sol américain, Theresa May a refusé de critiquer Trump de crainte de l’offusquer. C’est uniquement après le tollé en Grande-Bretagne qu’elle a fait part d’une bien timide critique par la voix d’un porte-parole. Et pour amadouer Trump, une visite en Angleterre et une rencontre avec la Reine ont été proposées dans un temps record, ce qui commence déjà à poser d’énormes problèmes pour May...

Mobilisation(s) contre le racisme

En effet, une pétition contre la venue de Trump a dépassé le million de signatures deux jours seulement après son lancement. Dès le lundi 30 janvier, des milliers de personnes ont manifesté en Grande-­Bretagne contre Trump et la fermeture des frontières aux musulmans. Des manifestations dans des dizaines d’autres villes étaient aussi prévues dans la semaine. Ces mobilisations s’ajoutent à l’énorme manifestation (100 000) à Londres, une des plus grandes en dehors des USA, le 21 janvier dernier.

Depuis des années, mais plus particulièrement pendant la campagne pour le référendum sur le Brexit, la droite, l’extrême droite de UKIP et la presse tabloïde réactionnaire ont mené une campagne violemment raciste et nationaliste contre les migrants de l’Union européenne et d’au-delà. Et ces dernières semaines, sous la pression de la droite du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, le dirigeant du parti, d’habitude très ferme sur la question, a commencé à faire des concessions au discours sur le contrôle de l’immigration.

Il est à espérer que la remontée des luttes dans les transports à l’occasion des fêtes de Noël dernier et les manifestations de ces derniers jours redonneront confiance à l’ensemble de la gauche politique et syndicale. Le week-end du 18-19 mars, à l’occasion de la journée internationale contre le racisme, des manifestations auront lieu à Londres, à Paris et un peu partout dans le monde. Soyons nombreuses et nombreux à reprendre les slogans des Américains et des Britanniques contre la haine et la peur : « No hate, no fear ! Immigrants are welcome here ! »

Ross Harrold

 

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