Aux États-Unis, Trump fait campagne pour le déconfinement tandis que Biden se renforce

Donald Trump a tenu son premier meeting de campagne depuis des mois le 20 juin dans une salle fermée à Tulsa, en Oklahoma.

S’adressant à une foule plus réduite que prévu, il a minimisé la gravité de la pandémie de coronavirus qui se propage toujours et s’est abstenu de parler du racisme et des violences de la police qui ont provoqué des manifestations de centaines de milliers de personnes dans tout le pays. Il a parlé de la réouverture de l’économie et d’un retour à la grandeur américaine, à condition que les Démocrates et les anarchistes ne prendront pas le dessus.

Trump sur la défensive

S’adressant à une foule quasi uniquement blanche, dont presque aucun membre ne portait les masques recommandés ou ne respectait la distanciation sociale, il n’a pas parlé de « Juneteenth », le jour commémorant la fin de l’esclavage en Amérique, ni du massacre de Tulsa de 1921 lorsque les blancs attaqué un quartier noir, l’incendiant et tuant 300 noirs. Et il n’a pas cité le nom de George Floyd dont le meurtre par la police a déclenché les récentes manifestations. Au lieu de cela, il a dénoncé la « populace de gauche » qui a abattu les statues des généraux confédérés, ceux qui, durant la guerre de Sécession, se sont battus pour préserver l’esclavage. Trump a suggéré que s’ils étaient élus, Joe Biden et les Démocrates permettraient aux anarchistes et aux émeutiers de se déchaîner. Trump a significativement ignoré les 122 000 morts de la pandémie et les nouvelles prévisions selon lesquelles d’ici octobre la nombre de morts pourrait atteindre 200 000 ; et il n’a pas fait allusion aux 40 millions de chômeurEs.

Des sondages récents montrent que Biden devance Trump de 11 points. Trump est sur la défensive, d’abord en raison de la pandémie de coronavirus, de la crise économique et du mouvement national de protestation contre le racisme et la violence de la police. Mais il a également récemment dû subir deux décisions de la Cour suprême. Dans la première, la Cour a décidé par six voix contre trois que la loi de 1964 sur les droits civils qui interdit la discrimination fondée sur le sexe s’applique également à la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, une victoire majeure pour le mouvement LGBTQ. Dans la deuxième décision, temporaire et fondée sur la procédure, la Cour a voté par cinq voix contre quatre contre une tentative de l’administration Trump de renverser le DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals), un décret de 2012 de Barack Obama qui protège de l’expulsion 700 000 jeunes immigrantEs amenés par leurs parents aux États-Unis quand ils étaient nourrissons ou petits enfants. Mais Trump a promis de faire une nouvelle tentative pour renverser le DACA et pourrait réussir.

Prudence de Biden

Joseph Biden, le candidat démocrate (pas encore officiellement investi), n’a organisé aucun rassemblement et n’a assisté qu’à un petit événement public près de son domicile dans le Delaware il y a un mois lorsqu’il a déposé une couronne sur un monument lors d’une cérémonie le jour du souvenir. Biden a promis de choisir une femme à la vice-présidence et, en raison des récentes manifestations, il est sous pression pour désigner une femme de couleur. En mai, Biden a réuni pour la première fois plus d’argent, 80 millions de dollars, que les 74 millions de dollars de Trump.

Alors que le mouvement Black Lives Matter a exigé le « définancement » de la police, Biden a déclaré qu’il ne soutenait pas la réduction du budget de la police. Il demande plutôt plus d’argent pour que la police procède à des réformes, telles que la mise en oe œuvre de « police communautaire », afin que la police travaille en étroite collaboration avec les quartiers et les localités. Biden est pour la réouverture de l’économie américaine, mais veut le faire plus progressivement et plus prudemment que Trump, qui est pour la réouverture maintenant. Biden a également déclaré qu’il rendrait le DACA permanent le « premier jour » de sa présidence. Il a réuni une équipe de conseillers économiques, dont beaucoup sont des néolibéraux de l’administration Obama, tandis que quelques autres seraient plus progressistes.

Pendant ce temps, un mois après que la police de Minneapolis a assassiné George Floyd, le mouvement dans la rue se poursuit, marquant une nouvelle ère de demandes de réformes. Les manifestations de protestation sont devenues festives, se réjouissant d’une solidarité retrouvée. Pourtant, jusqu’à présent, les propositions aussi bien des Républicains que des Démocrates sont superficielles et ne correspondent pas du tout à la demande de changements structurels profonds que le mouvement souhaite.

Traduction Henri Wilno

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