Armée européenne, jeux diplomatiques et slogans électoraux

Donald Trump a jugé « très insultant » que Macron ait proposé la création d’une armée européenne : « Face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie [...] peut-être l’Europe devrait-elle payer sa part (du budget) de l’Otan, que les États-Unis assument largement », avait-il tweeté en arrivant à Paris pour les commémorations de la fin de la Première Guerre mondiale. Réaction inattendue à l’encontre d’un projet peu crédible…

Macron avait déclaré quelques jours plus tôt, sur Europe 1 : « On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne face à la Russie qui est à nos frontières et qui a montré qu’elle pouvait être menaçante ». Et d’ajouter : « On doit avoir une Europe qui se défend davantage seule, sans dépendre seulement des États-Unis, et de manière plus souveraine. » Par la suite, à l’occasion d’un entretien télévisé sur CNN, il a développé : « Je suis d’accord de mieux partager le fardeau de la défense de l’Europe, mais je vais être très franc, ce que je ne veux pas avoir, ce sont des pays européens qui augmentent leur budget de défense pour acheter des armes américaines ou d’autres matériels qui proviennent de votre industrie. Si nous augmentons nos budgets, c’est pour bâtir notre autonomie ». Macron veut que les dépenses d’armement profitent à Dassault, Thalès and co tout en agitant un débat quelque peu artificiel qui répond surtout à ses besoins électoraux à l’approche des européennes de 2019. Il entend être le champion de la construction de l’Europe du capital. Y a-t-il un meilleur symbole de cette Europe capitaliste qu’une armée affirmant dans le même temps une velléité d’indépendance vis-à-vis de ­Washington ? Sauf que cette perspective est totalement irréaliste au regard des tensions actuelles. Il s’agit d’un simple slogan électoral. 

Macron en campagne

Merkel l’a cependant soutenu devant le Parlement européen, en appelant à « élaborer une vision nous permettant d’arriver un jour à une véritable armée européenne ». Tout en soulignant : « Cela peut être un bon complément de l’Otan, personne ne veut remettre en question les relations classiques » On est pour le moins dans le vague, et face à une vision à… élaborer. Et en attendant, tout le monde reste dans le cadre de l’Otan, dans une logique de blocs avec les USA à l’encontre de Moscou et Pékin.

Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan, a mis en garde contre tout projet européen qui concurrencerait l’Alliance atlantique : « Nous avons besoin d’une structure de commandement forte et compétente, pas de diviser les ressources en deux »

Le seul à qui l’idée d’une « armée européenne » ait vraiment plu, c’est Vladimir Poutine, qui y voit « un processus positif pour le renforcement du monde multipolaire ».

Ces petits jeux diplomatiques sont pour le moins ridicules au regard de l’impuissance des principaux États européens à faire autre chose que de tenter de se coordonner dans le cadre de l’Initiative européenne d’intervention (IEI), dont Macron est très fier. France, Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Pays-Bas, Portugal et… Grande-Bretagne s’y retrouvent et se partagent postes et sinécures dans le but assez vague de « renforcer l’autonomie stratégique de l’UE ».

Prenant la parole à Berlin devant le Bundestag, dimanche dernier à l’occasion du « jour de deuil national » (Volkstrauertag), instauré en 1952 en hommage aux victimes des guerres, Macron est revenu sur cette « nouvelle responsabilité franco-allemande qui consiste à doter l’Europe des outils de sa souveraineté », c’est-à-dire de construire une défense commune. « L’Europe, et en son sein le couple franco-allemand, est investie de l’obligation de ne pas laisser glisser le monde dans le chaos et de l’accompagner sur le chemin de la paix » Grandiloquence toute macronienne pour ne rien dire... Et pendant ce temps l’armée française fait son sale boulot en Afrique. 

La seule Europe qui pourra être un facteur révolutionnaire de paix sera l’Europe des travailleurEs fondée sur la coopération des peuples, pour en finir avec les politiques militaristes.

Yvan Lemaitre

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