Allemagne : les lycéenEs réchauffent le climat social

10 000 lycéenEs ont manifesté vendredi 25 janvier à Berlin, malgré un froid glacial, contre le réchauffement climatique et pour une sortie du charbon la plus rapide possible. Dans toute l’Allemagne (une cinquantaine de villes), ils étaient à nouveau plusieurs dizaines de milliers pour ce deuxième vendredi d’affilée à « faire grève » et sécher les cours pour descendre dans la rue. 

Ces manifestations, sous le slogan Fridays for Future (« Vendredis pour l’avenir ») sont inspirées par Greta Thunberg, une jeune militante écologiste suédoise qui vient d’avoir 16 ans et pratique cette « grève de l’école » depuis l’été dernier. Elle a déclaré devant la COP24 : « Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à un très petit nombre de personnes de continuer à gagner énormément d’argent […] Et si les solutions au sein du système sont à ce point impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même. » Elle n’a pas mâché ses mots non plus au Forum mondial de Davos : « Certaines personnes, certaines entreprises, et certains responsables politiques en particulier savent très précisément quelles valeurs inestimables ils ont sacrifiées afin de gagner des sommes d’argent inimaginables. Et je pense que beaucoup d’entre vous, aujourd’hui présents, font partie de ce groupe de personnes. » En Suisse et en Belgique aussi, des dizaines de milliers de jeunes sont descenduEs dans la rue.

Engraisser encore les pollueurs ?

La manifestation à Berlin s’est tenue devant les assises d’une « commission sur le charbon »1 du gouvernement d’Angela Merkel qui doit décider de l’avenir des centrales thermiques et à laquelle participent politiciens, directions syndicales, ONG écologistes et organisations patronales : la fameuse « concertation» à l’allemande ! Au moment où nous écrivons, cette commission n’a pas fini de siéger, mais on a déjà eu vent d’environ 50 milliards d’euros que les contribuables devraient payer – en grande partie au titre de dédommagements versés aux trusts énergétiques pour des fermetures dites anticipées de centrales thermiques. D’ailleurs le cours en bourse du trust RWE, connu pour ses centrales au lignite2 particulièrement polluantes, a augmenté de 25 % depuis fin octobre dernier grâce à cette perspective de « sortie du charbon » à la sauce Merkel !

Sortir du charbon ou sortir du capitalisme ?

Dans la coordination au niveau national des Fridays for Future, on trouve une partie des ONG écolos qui participent à cette commission (en particulier Greenpeace) ou encore l’organisation de jeunesse du Parti vert en Allemagne. Ce dernier, bien que très institutionnel et qui participe à des gouvernements régionaux, a fait quelques bonds récents sur le terrain électoral, tandis que face à l’émergence sur ce même terrain de l’extrême droite (AfD), le SPD (sociaux-démocrates) comme les partis traditionnels de droite (CDU/CSU) accusaient des pertes sévères. C’est en votant pour ces Verts, qui ont quelque peu rajeuni leur look, qu’une partie non négligeable de l’électorat a signifié son rejet des réactionnaires racistes d’extrême droite. Au-delà des préoccupations écologiques, profondes et légitimes, il semble bien que des milliers de jeunes, et souvent très jeunes, se politisent et ne soient pas prêts à se borner à un lobbying auprès des ministères et autres commissions gouvernementales. Il semble bien qu’ils s’inspirent plutôt du franc-parler de Greta Thunberg et partent à la recherche de moyens pour « changer le système lui-même » plutôt que seulement le climat. Ce qui veut dire s’attaquer à sa nature capitaliste.

Toni Robert

  • 1. De son nom officiel « Commission pour la croissance, le changement structurel et l’emploi ».
  • 2. L’Allemagne est le premier producteur mondial de ce charbon qui émet deux fois plus de dioxyde de carbone lors de la production d’énergie électrique que le gaz naturel. L’été dernier, il y a eu de grandes manifestations contre une déforestation envisagée par RWE pour sa mine de lignite à Hambach en Rhénanie.

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