Afrique : Le pouvoir franc

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Dans quelques jours, les FrançaisEs voteront. Mais les résultats de ce processus électoral auront des conséquences largement au-delà des frontières de l’Hexagone, puisque la France demeure avant tout une puissance capitaliste néocoloniale...

L’un de ses instruments, connu dans les milieux militants mais largement méconnus du grand public hexagonal, est le franc CFA. Créé en 1945 sous le nom de « franc des colonies françaises en Afrique », il existe toujours, même si le sigle CFA a été pudiquement retraduit en « coopération financière en Afrique » ou encore « communauté financière en Afrique »... C’est selon, puisqu’il n’existe pas une mais deux unions monétaires : l’une en Afrique occidentale et l’autre en Afrique centrale. Leur monnaie est respectivement librement convertible en euro, mais elle ne l’est pas entre les deux zones monétaires à l’intérieur même du continent africain. Cherchez l’erreur...

À l’heure où – au moins en théorie – tous les grands sujets sont débattus avant le choix des FrançaisEs, le franc CFA ne fait guère débat dans l’Hexagone.

Domination monétaire

Les choses vont autrement sur le continent africain, où une campagne contre cette domination monétaire a lieu depuis le mois de janvier, avec des manifestations dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Elle a le mérite d’exister et de poser les vraies questions, bien qu’elle ait été en partie relayée en France par des personnalités douteuses (dont « Kémi Séba », un adepte des thèses racialistes) auxquelles il ne faudra pas abandonner ce sujet crucial pour l’avenir des pays soumis aux diktats néocoloniaux.

À partir du lundi 10 avril, s’est tenue à Abidjan une séance extraordinaire des chefs d’État de la zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (liée à la France et à l’euro), l’UEOMA. Pour répondre aux critiques qui sont montées des sociétés civiles, le président de la Côte-d’Ivoire, Alassane Ouattara – intronisé suite à l’intervention militaire française contre son prédécesseur Laurent Gbagbo – a pris la défense du franc CFA. Il a déclaré vigoureusement : « Nous avons constaté que notre monnaie se porte bien, [elle] est saine et est dans de bonnes mains », cela parce que « La zone de l’UEMOA a des réserves de change qui représentent plus de cinq mois d’importation, alors que la règle retenue est d’environ trois mois. » Ce qui ne change strictement rien à la dépendance économique de pays qui importent des produits manufacturés, mais exportent leurs matières premières non transformées.

Hypocrisie française

Samedi 15 avril à Abidjan, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a balayé toutes les critiques en clôture de la réunion : « Le franc malgré son nom est la monnaie des Africains. Ce n’est plus la monnaie de la France. Il a disparu en Europe. Sur toutes ces questions, c’est aux Africains de se prononcer et ce n’est pas à nous de le faire ». Une hypocrisie totale, dans la mesure où des représentants de la Banque de France (devenue filiale de la BCE européenne) siègent dans les banques centrales des deux zones monétaires en Afrique, où ils possèdent une position de minorité de blocage sur les questions essentielles de politique économique.

Du gouvernement français, il ne faudra certainement rien espérer, en ce qui concerne la rupture avec le néocolonialisme en Afrique. Alors que le NPA est porteur d’un vrai projet de rupture en la matière, les principaux candidats n’améliorent rien sur ce plan. Ainsi, l’un des porte-parole de François Fillon sur l’Afrique est Gérard Longuet, ex-ministre de la « Défense » responsable de l’intervention militaire en Côte-d’Ivoire, aujourd’hui reconverti dans le business avec le pouvoir Ouattara (sociétés Sea Invest France et Sea Invest Afrique). Emmanuel Macron, lui, s’appuie sur un think-tank, le club « 02A », qui réunit entre autres le général Bruno Clément-Bollée – commandant de l’intervention en Côte-d’Ivoire –, le vice-président du Medef international, Mahamadou Sako, et d’autres patrons faisant leur juteux business en Afrique...

Bertold du Ryon

 

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