Afghanistan : Trump ou la « guerre sans fin »

Devant des militaires à Fort Myer, en Virginie, le 21 août, Trump a annoncé l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, revenant sur sa promesse électorale qui attaquait Obama, critiqué pour avoir… renoncé au retrait des forces étatsuniennes.

La démagogie électorale a vite capitulé devant les exigences des militaires car il n’a, en fait, jamais été question pour eux de laisser l’Afghanistan entre les mains des talibans, de l’EI ou d’Al-Qaïda... Pas plus hier pour Obama qu’aujourd’hui pour Trump.

Les États-Unis compteraient 11 000 militaires en Afghanistan, selon le Pentagone, et non 8 400 comme cela était dit jusqu’alors. Ces troupes sont épaulées par des mercenaires de sociétés privées, à peu près trois fois plus nombreux. La force internationale sous l’égide de l’Otan compterait 13 500 hommes chargés de « conseiller », c’est-à-dire d’encadrer les forces afghanes, elles-mêmes fortes d’environ 190 000 hommes.

Les vraies raisons d’une sale guerre

Trump a laissé toute latitude à son ministre de la Défense, Jim Mattis, pour fixer le nombre de soldats envoyés en renfort, autour de 4 000 ou 5 000. Mais personne ne sait ni en quoi consistera exactement ce redéploiement étatsunien ni combien de temps il durera. « À un moment donné, après un effort militaire efficace, peut-être qu’il sera possible d’avoir une solution politique incluant une partie des talibans en Afghanistan. Mais personne ne sait si ou quand cela arrivera » selon Trump lui-même.  

En réalité, les USA ne contrôlent pas la situation, « la solution politique » est un mythe. Le pouvoir fantoche sur lequel ils s’appuient est corrompu et sans autorité. L’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar) chargé de contrôler les dépenses étatsuniennes dans le pays, a révélé, il y a peu, un énorme trafic d’essence sur la base militaire américaine de Fenty, au nord-est du pays. La culture et le trafic de l’opium sont une source de revenu considérable tant pour les hommes du pouvoir que pour les talibans... 

Impuissant à asseoir un pouvoir politique stable qui le serve, le Pentagone essaye d’occuper le terrain pour ne pas que se crée, selon la formule de Trump, « un vide qui serait aussitôt mis à profit par les terroristes ». Le vide existe bien. Les talibans contrôlent 60 % du territoire et les dernières années ont vu l’État islamique, en rivalité avec Al-Qaïda, s’implanter.

Les USA poursuivent les objectifs réels de cette guerre, déclarée en représailles contre Ben Laden au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 et qui a abouti à l’occupation du pays, pendant 16 ans, après la chute en décembre 2001 du gouvernement taliban puis la fuite de Ben Laden au Pakistan. Sans négliger les richesses minières, l’enjeu était bien la conquête de positions en Asie, quel qu’en soit le prix, pour défendre l’hégémonie étatsunienne, de la même façon que la guerre en Irak de 2003. 

Fuite en avant militariste

Ces guerres sont à l’origine du développement du terrorisme djihadiste. Ce dernier est né en Afghanistan avec l’aide des USA, qui l’ont utilisé et armé dans leur guerre contre l’occupation par l’URSS de 1979 à 1989, avant que le monstre ne se retourne contre ses maîtres au moment de la guerre en Irak en 1991. Depuis, l’offensive militaire des grandes puissances contre les peuples, la deuxième guerre en Irak en 2003, le chaos qui en est né, ont enclenché un engrenage meurtrier que plus personne ne contrôle.

Le redéploiement en Afghanistan y participe. Il s’accompagne d’un avertissement au Pakistan qui aurait « beaucoup à perdre s’il continue à abriter des criminels et des terroristes », dixit Trump. 

Pour Trump, il s’agit de « gagner ». Rodomontade ou bluff pour masquer une déroute ? Probablement les deux dans une fuite en avant militariste qui n’a ni objectif à court terme ni calendrier, si ce n’est de gérer les rapports de forces pour préserver les positions états­uniennes. Cela signifie une guerre sans fin aux enchaînements dangereux non seulement pour les peuples de la région mais pour toute la planète. 

Yvan Lemaître

 

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