Intermittent-E-s et précaires : l’épreuve de force

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Débuté vendredi 4 juillet par la grève, le festival d’Avignon a bel et bien confirmé la détermination des intermittentEs et des précaires.

Le gouvernement pensait avoir trouvé le moyen de diviser durablement le mouvement entre intermittentEs et précaires. Le report du « différé d’indemnisation » et une concertation jusqu’en décembre sur le régime spécifique d’assurance chômage devaient avoir raison de la mobilisation qui, depuis fin mars, exigeait du gouvernement qu’il n’agrée pas le scandaleux accord Unedic conclu entre le Medef, la CFDT, la CFTC et FO. C’est raté. Le leurre de Valls n’a pas pris et l’agrément rendu public le 26 juin a été considéré, à juste titre, comme une véritable et nouvelle provocation.

Le spectre de 2003
L’entreprise de division du mouvement était pourtant rondement menée : il fallait, pour le gouvernement, isoler les précaires des intermittentEs et les grévistes et non-grévistes. Le gouvernement espérait d’ailleurs jouer des facteurs objectifs qui rendent complexes la question de la grève dans le spectacle vivant. Ne pas jouer un spectacle répété pendant plusieurs semaines, c’est parfois condamner le spectacle à ne pas connaître de reprises ; c’est renoncer à des cachets lorsque ceux-ci sont, on le sait, comptés et difficiles à gagner ; c’est prendre le risque de ne pas pouvoir bénéficier du régime spécifique d’assurance chômage des intermittents, etc.
Valls voulait à tout prix empêcher que la mobilisation ne touche les festivals, à commencer par celui d’Avignon. Le souvenir de son annulation en 2003 a durablement marqué les esprits. La grève fut dure, les tensions fortes, la bataille perdue par les intermittentEs (l’application de l’accord de 2003 fut une catastrophe sociale) mais la grève a sans aucun doute contribué à dissuader le patronat et les différents gouvernements de réattaquer les intermittentEs pendant plus d’une décennie. C’est que les festivals génèrent de très fortes retombées économiques.

« In » ou « Off », c’est la grève !
Le gouvernement craignait donc qu’après « Le Printemps des comédiens » à Montpellier (en grève du 3 au 29 juin) et de nombreuses autres manifestations culturelles, Avignon ne soit, à son tour, annulé. Par son histoire et sa notoriété, ce festival occupe une place décisive dans la vie artistique. Créé par le metteur en scène et comédien Jean Vilar en 1947, le festival d’Avignon comprend depuis la fin des années 1960 deux manifestations. L’une officielle, le « In », est le fruit d’une programmation et comprend plusieurs dizaines d’événements (180 000 billets délivrés l’an passé). L’autre, le « Off », ouvert à qui veut jouer (et qui a les moyens de louer une salle) propose plus de 1 000 spectacles (et des centaines de milliers de places vendues).
La fébrilité du pouvoir était ainsi palpable. Dans un article du Monde, la veille de l’ouverture, la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, appelait les intermittentEs à saisir la chance qui leur était supposément donnée : ils devaient renoncer à la grève... ce qu’ils ne firent pas !
Le vendredi 4 juillet, les salariés du « In » ont voté la grève et les deux spectacles d’ouverture ont été annulés. Le 7 juillet, c’est au tour des compagnies du « Off » de rentrer dans la danse : 86 compagnies en grève, 10 ont joué en reversant leurs revenus à la caisse de grève, et une centaine ont annoncé les raisons de la mobilisation avant, pendant ou après leur spectacle.

Pas de vacances des luttes
Valls a donc échoué. Preuve une fois encore de l’incompréhension manifeste du gouvernement. Il ne comprend pas que ce mouvement n’a pas pour objet central la question culturelle mais celle des droits sociaux, pas plus qu’il n’en saisit la radicalité, la détermination, l’intelligence collective. Assurément, la mobilisation ne faiblit pas. Elle a surmonté, pour l’heure, les divisions. Elle impose son propre agenda, alternant journées de grève (le 4, le 7, le 12, etc.), actions, manifs, AG. Elle se construit au jour le jour et ne cesse de se renforcer, riche des obstacles surmontés, des expériences communes, de l’expertise collective et du chemin parcouru.
Un texte, signé par plusieurs centaines d’artistes du festival, paru quelques jours avant son ouverture, affirmait : « Nous faisons l’hypothèse que ce mouvement est un commencement ». L’hypothèse est vraisemblable, tant en effet s’articulent la création de rapports de forces immédiats, le futur proche de la rentrée sociale et la construction d’une perspective d’ensemble afin de mettre en échec le projet de société Valls/Gattaz. Les intermittentEs et les précaires donnent l’exemple : il n’y aura pas de vacances des luttes et, par là, aucune trêve estivale pour ce gouvernement.

Olivier Neveux

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