Inde : un nouveau meurtre « pour l’honneur »

À la mi-septembre, dans l’État de l’Haryana, un couple a été tué au nom de « l’honneur ».

Leur meurtre est d’autant plus horrible que les deux jeunes gens ont été torturés, leurs corps mis en pièce et ce sont des membres de la famille de la jeune fille qui l’ont perpétré. La pression sociale est telle que les membres du village auraient accepté et justifié cet assassinat au nom de la « tradition ». D’ailleurs, de nombreux responsables politiques de cet État, dont son Premier ministre ou le député du district, traitent l’événement comme un fait divers. Seuls les partis de gauche et les organisations de masse dénoncent ce crime odieux. 
Ce couple originaire du village de Garnawathi venait de se marier, et selon les habitants, Il avait violé la « loi » du clan qui interdit aux membres d’une même sous-caste — d’un même village ou des 8 villages avoisinants — de se marier entre eux. Même si elle les définit comme frère et sœur, il ne s’agit pas d’un problème de relation « incestueuse ». Cette règle est l’héritière d’un concept de propriété très fort, les trois J : la propriété (Jar), la femme (Joru), la terre (Jameen), pierres angulaires du patriarcat dans l’État de l’Haryana. Il semblerait que de grandes parcelles de terres aient été attribuées aux castes par les gouvernements successifs. Aussi, de la taille et de l’emplacement de la terre dépend leur influence.

Patriarcat
Un crime de ce type avait déjà été perpétré en 2007 avec l’accord du conseil de caste (khap panchayat) et c’est l’association indienne de femmes AIDWA qui avait permis d’obtenir justice. Ces meurtres pour l’honneur, comme ces conseils de village, font partie de la structure sociale en Haryana qui préserve des traditions d’un autre âge mais que ne combat pas le gouvernement de l’État.
Cette situation s’inscrit dans un contexte bien particulier : même s’il y a eu des réactions après les viols commis en bande en décembre 2012, le climat est plutôt au conservatisme, dénonçant l’habillement des femmes considéré comme une « provocation ». Toujours en Haryana, la famille d’une jeune étudiante dalit (les intouchables ou les exclus du système de caste), tuée et violée fin août, se bat pour la prise en charge d’une réelle enquête policière. Où l’on retrouve à la fois les problèmes de castes et ceux du patriarcat.

Christine Schneider

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