Inde : élections à Delhi, le retour du Parti de l’homme ordinaire

Ce 7 février à Dehli, le parti AAP (Aam Aadmi Party, Parti de l’homme ordinaire) – dont le drapeau est un balai – a remporté les élections régionales, raflant 67 sièges sur les 70 de l’assemblée législative de l’État.

Dehli est le cœur politique de l’Inde avec ses 70 districts et sa ville qui accueille des Indiens de tous les États du pays. Selon un institut de sondage, le succès d'AAP viendrait du vote des musulmans et des basses castes. Ce scrutin local était devenu un enjeu national. Alors qu’il gérait cet État depuis 15 ans, le Parti du Congrès n’a eu aucun siège. Il confirme son effondrement des dernières élections nationales en mai 2014 à cause de son implication dans les affaires de corruption.
Le BJP (Bharatiya Janata Party, Parti du peuple indien), n’a eu que 3 sièges. C’est un revers pour Modi, l’actuel Premier ministre de la droite hindouiste. En mai 2014, le BJP avait gagné la majorité des sièges du Parlement... avec seulement 31 % des voix. Mais il n’a pas le contrôle de la Chambre haute où les sièges sont attribués en fonction du poids des assemblées régionales. Depuis, des élections locales ont eu lieu dans plusieurs États. L’enjeu pour le BJP est de prendre le contrôle des deux chambres du Parlement afin de passer des réformes sur le droit de propriété de la terre et les impôts.

La lutte contre la corruption comme enjeu
La campagne de l’AAP a été centrée sur l’accès aux services comme l’eau potable, l’électricité à des prix abordables, un logement correct, des frais médicaux accessibles, l’éducation des enfants… et bien sûr la lutte pour faire de Dehli une ville libérée de la corruption. Un programme qui n’est pas seulement celui auquel peuvent aspirer les classes populaires. Le BJP semblait le parti qui avait des réponses à donner aux nouvelles classes ­urbaines, aux jeunes, pour un emploi. Mais il apparaît désormais avec arrogance le représentant des intérêts des capitalistes. Le programme de l'AAP ne se réclame pas de la classe ouvrière, n’est pas socialiste, mais il a une rhétorique pro-pauvre et anti-grandes entreprises même s’il laisse l’économie au secteur privé.
L’AAP a été fondé comme parti à la suite du mouvement populaire de protestation contre la corruption de 2010 et du mouvement pour la sécurité des femmes suite au viol collectif d’une étudiante en 2012. Initialement, le mouvement pour la mise en place de la loi anti-corruption est parti de Dehli. Il entendait lutter contre la corruption sous toutes ses formes : dans la petite bureaucratie comme dans le monde des entreprises et des sphères politiques. Son plus célèbre représentant, Ana Hazare, s’est révélé être proche de la droite hindouiste.
Aux dernières élections fin 2013, Arvind Kejriwal, dirigeant de l’AAP, avait été très critiqué : il avait échoué à faire voter une loi anti-corruption. Après avoir dirigé la capitale durant 49 jours, il avait alors démissionné pour consacrer ses efforts à faire apparaître son parti comme l’outsider et la force politique alternative aux élections nationales de 2014, sans succès d’ailleurs. Maintenant qu’il est majoritaire à Dehli, il lui reste à mettre en œuvre son programme.

Christine Schneider

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