Immigration : Europe meurtrière et multirécidiviste

Au grand festival de l’indécence, le chef du gouvernement italien Enrico Letta vient de faire exploser tous les compteurs. Et cela alors même que huit jours après la mort tragique de 350 migrants au large de Lampedusa, un nouveau naufrage au large de Malte a provoqué la mort de 50 réfugiés.
En décrétant des funérailles nationales pour les morts de Lampedusa et en leur accordant la nationalité italienne à titre posthume, au moment même où le parquet d’Agrigente inculpait 114 adultes rescapés du délit d’immigration clandestine (les exposant ainsi à un retour forcé et une amende de 5 000 euros), Enrico Letta a fait une éclatante démonstration du cynisme de l’Union européenne. 
Car c’est ce même Letta qui demande à l’Europe « d’accroître son niveau d’intervention », autrement dit de persévérer en l’aggravant dans sa politique meurtrière. Enfonçant le clou, le ministre de l’Intérieur italien appelle à changer les règles qui « font trop peser sur les pays d’entrée le fardeau de l’immigration clandestine » et à surveiller davantage les côtes.

Les bons sentiments de Hollande...
Notre bon Président n’est pas en reste. Ne vient-il pas d’annoncer qu’il allait proposer à nos partenaires européens une politique qui devra s’articuler « autour du triptyque, prévention, solidarité, protection » ? Et Hollande de préciser sa pensée...
La « prévention » ? Une « meilleure coopération avec les pays d’origine et un meilleur accueil des réfugiés au plus près des zones de conflit ». En clair, poursuite de la politique d’externalisation qui délègue aux pays « d’origine » et de transit la charge du contrôle des frontières, construction de camps, d’enfermement plus ou moins avoué...
La « solidarité » ? « Une politique euroméditerranéenne beaucoup plus active en amplifiant encore le soutien aux pays des printemps arabes ». Cela comprend certainement ces « accords de gestion concertée des flux migratoires » dont le principe est de mettre notre « soutien » sous condition d’une plus grande implication dans la traque des migrants : en vertu de quoi, on mourra peut-être un peu plus dans le Sahara ou au pied de la barrière de Ceuta et Melilla.
La « protection » ? Il ne s’agit surtout pas de la protection des migrants, mais de la « nôtre », supposée passer par « un renforcement de la surveillance des frontières, qui est le rôle de l’agence européenne Frontex, et une lutte plus efficace contre les passeurs ».

Pour une Europe des peuples
Tout cela se situe en somme dans le droit fil d’une politique globale, dont le rapporteur spécial sur les droits des migrants aux Nations Unies reconnaît dans un tout récent rapport, par ailleurs assez bienveillant, qu’elle comporte tout de même « des lacunes importantes dans la protection effective des droits des migrants ». 
Au nombre de celles-ci, il compte le fait que « les migrations irrégulières sont largement considérées comme un problème de sécurité auquel il doit être mis fin. Cette conception est en totale contradiction avec la démarche consistant à définir le migrant comme un individu qui détient les mêmes droits que les autres personnes ». Et dans ses conclusions, le rapporteur note : « Un discours politique dominant qui associe l’immigration clandestine à la criminalité et à l’insécurité, repris en boucle par les États membres, légitime plus encore les pratiques consistant à externaliser le contrôle des frontières par le biais de mécanismes, tels que le placement des migrants en détention, les renvois et les réadmissions ».
Pour le NPA, la seule réponse est l’appel à la construction d’une Europe des peuples, une Europe ouverte sur laquelle les habitants de Lampedusa ont heureusement anticipé en accueillant Letta et son complice Barroso aux cris d’« assassins ! ».

François Brun

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