Commémoration de la grande guerre par Macron : le retour du refoulé

Toute la semaine écoulée, Macron s’est offert une « itinérance mémorielle » à travers les territoires du Nord et de l’Est ravagés par la Première Guerre mondiale… Et plus récemment sinistrés par le chômage et les fermetures d’usines, ce que n’ont pas manqué de lui rappeler de nombreux travailleurEs qu’il a rencontrés lors de « bains de foule » ratés.

Les platitudes convenues sur les horreurs du conflit passé, le sacrifice obligatoire de toute une génération d’hommes et les serments renouvelés du « plus jamais ça » n’ont pourtant guère fait recette parmi la population.

Provocation mémorielle

Pour relancer la machine, Macron, avec sa désinvolture habituelle, a cru judicieux de détourner l’attention de la grogne sociale ambiante en multipliant les sorties provocatrices. Il a qualifié le maréchal Pétain de « grand soldat » de la Première Guerre mondiale en dépit des « choix funestes » fait pendant la Seconde, et n’excluant donc pas à ce titre de lui rendre hommage avec les autres chefs militaires de 1914-1918. Cette minable opération de com’ sur le dos des victimes de Vichy comme des fusillés de 1917, sous la forme d’un appel du pied en direction de l’extrême droite, a suscité un tollé général. Ce qui a permis au pouvoir d’échapper pendant quelques heures à la polémique sur les augmentations de carburant ? 

La guerre c’est la paix

Pour conclure cette semaine de déclarations tonitruantes sur la « nation combattante » et ses « grands soldats », Macron, qui n’en est désormais plus à une contradiction près, s’est dressé dans son discours commun avec Angela Merkel contre le retour « des passions tristes » et de la « lèpre nationaliste ». Une autre déclaration surréaliste de la part d’un chef d’État qui se flattait deux jours avant de « continuer le travail » d’expulsion des migrantEs sans-papiers, et qui soutient les ventes d’armes à l’Arabie saoudite dans sa sale guerre au Yémen ! Cette semaine de propagande orwellienne s’est finalement achevée comme il se devait par une cérémonie pompeusement intitulée « Forum sur la paix » et réunissant la fine fleur des autocrates, dictateurs et criminels de guerre mondiaux, soigneusement séparés d’une foule clairsemée par un important dispositif de sécurité de plusieurs milliers d’hommes.

Cette farce sinistre aura au moins l’avantage de rappeler que les peuples du monde entier n’ont rien à attendre de ces improbables « faiseurs de paix ».

Étienne Bridel

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