Grèce : dire non aux terroristes de la troïka !

La décision de Tsipras d'appeler a un référendum demandant au peuple grec s'il approuvait ou pas les dernières propositions-guillotine de la troïka a ouvert une occasion attendue depuis longtemps : celle d'une campagne de masse exigeant la rupture avec la logique assassine de la troïka, qui d'ailleurs ne cache plus ses intentions, qui sont de faire tomber le gouvernement de gauche issu des élections de janvier. 

Il faut en prendre la mesure : dès la victoire de Syriza, le camp de la réaction a activé un scénario à la chilienne, avec la seule différence que la troïka voudrait faire l’économie d'un Pinochet, en usant de tous ses autres leviers bien plus efficaces qu'en 1973. Et il faut le souligner : alors qu'une partie de la troïka considérait que les reculs de Tsipras le déconsidéreraient assez pour qu'un accord soit signe, c'est la présidente du FMI, Christine Lagarde, qui a provoque l'appel au référendum en interdisant que le gouvernement grec inclue dans des mesures, par ailleurs anti-populaires, des taxes sur les profits des entreprises ! Et le mépris de la troïka apparaît bien dans cet exemple donné par un représentant grec : alors que la Grèce voulait une TVA à 13% sur l’hôtellerie et la restauration, pour ne pas mettre en péril le tourisme, la troïka a promis de meilleures conditions... et est revenue dessus avec l'exigence de 23% sur les deux secteurs !

Face a ces provocations, de premiers rassemblement pour le Non ont réuni des dizaines de milliers de manifestantEs lundi dernier, ce qui constitue un passage à la vitesse supérieure, en pleine conscience des enjeux : dans le camp des nantis, on se questionne déjà à haute voix pour savoir quel serait le Premier ministre idéal pour un gouvernement revanchard ! Et mardi, c'est le camp de la réaction libérale qui a manifesté en masse pour dire oui a une Europe qui est celle des nantis et du refus de la démocratie. Les propos anticommunistes fleurissaient, certains regrettant que les résistants n'aient pas tous été exterminés à l'issue de la guerre civile (1947-49)... Et droite et Pasok, sans oublier le petit nouveau, le très réactionnaire Potami, ont engagé une intense campagne de défense de la bourgeoisie, elle-même agissant directement dans différents secteurs : des mesures provoquant la panique ou la colère (ainsi, le directeur de la banque Alpha a tenté de retarder le paiement des retraites), des patrons mettant leurs employéEs au chômage technique ou ne leur versant pas le salaire de juin, des écoles privées faisant un chantage pour le Oui en direction de leur personnel sous menace de licenciement... Et, à côté de personnalités culturelles ou des maires d’Athènes et Salonique appelant au Oui sinon le chaos - comme si le chaos n’était pas là depuis 5 ans ! -, ce sont aussi des structures syndicales dirigées par la droite ou le Pasok qui font le forcing pour appeler au Oui : la direction de GSEE (la confédération du privé), celle de POSDEP (enseignants supérieur !)...

 

Gagner le référendum : non à la misère, non aux diktats de la bourgeoisie !

Dans cette phase de tension de classes, au-delà de Syriza, les réactions à gauche sur le référendum s'inscrivent donc à juste titre dans le camp d'un Non de lutte, de mobilisations pour imposer enfin une autre politique : c'est le sens de l'appel d'Antarsya ou de celui de la section grecque de la IVème Internationale, OKDE-Spartakos, qui insistent en même temps sur le refus de rechercher un « bon accord » qui ne pourrait être qu'une capitulation.

Ce rappel est nécessaire : si certains bons discours de Tsipras semblent aller vers la rupture avec le jeu institutionnel, la réalité est différente, ne serait ce que par la justification donnée au référendum par le Premier ministre lui-même : être en meilleure position pour pouvoir poursuivre les négociations.

En fait, la décision du référendum n'ouvre pas en soi la rupture, mais la possibilité d'une rupture, a laquelle moins que jamais la majorité de Syriza semble prête. Déjà certains députés ou un ministre influent comme Dragasakis ont fait savoir publiquement leur souhait que le référendum soit reporté, semant la confusion dans le camp du Non. Mais le pire est bien les dernières propositions de Tsipras aux dirigeants européens : il leur demande désormais, en excluant le FMI, un prêt de 30 milliards, qui, s'il était accepté, serait tout simplement un 3ème mémorandum. Le tout en rappelant qu'il est prêt a discuter immédiatement, entretenant jusqu’à mercredi soir le suspens sur la tenue ou pas du référendum. Dans ce contexte ou les sondages continuent à donner le Non gagnant, mais en baisse grâce aux effets de panique qui vont continuer, les dirigeants de l'Europe bourgeoise ont beau jeu de refuser, attendant le résultat de dimanche.

On peut se demander si la décision du référendum était la meilleure forme de réponse mobilisatrice aux provocations antidémocratiques de la troïka. Ce qui est sûr, c'est que dans un tel contexte de lutte de classes, il est indispensable une fois la décision prise de la traduire en campagne de masse résolue, sans hésitation et sans continuer à s'engluer dans le piège institutionnel.

Les quelques jours qui restent doivent amplifier une campagne unitaire pour un Non de gauche à l’austérité, sans illusion sur la volonté mortifère de la troïka. Il est décisif que cette campagne s'adresse aussi aux électeurs du KKE car, une nouvelle fois, la direction stalinienne rend service à la bourgeoisie en refusant de voter Non, qui selon elle serait un Oui à Syriza qu'elle assimile à la troïka ! Et elle a décidé de distribuer à ses électeurs un bulletin « non aux deux », un geste gauchiste qui confirme son caractère droitier ! Heureusement, 57 % de électeurs du KKE déclarent vouloir voter Non.

La fermeture des banques, organisée et imposée par la BCE, montre que cette Europe est une machine de guerre contre les peuples, et qu'il est impossible de se fier à eux, ni au dirigeants politiques comme Hollande. Alors, contre l'Europe des riches, des nantis de l’austérité, et de la peur, mobilisons-nous en Grèce et partout en Europe pour un Non qui soit l'expression de l'Europe des travailleurs et des travailleuses, des jeunes et des retraitéEs !

D’Athènes le 2 juillet 2015,

A. Sartzekis

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