Front de gauche : au bord de la rupture ?

Depuis plusieurs mois, le Front de gauche se lézarde. Les réunions de sa direction nationale sont épisodiques et ne comportent plus aucune décision... sinon de rester ensemble, et Mélenchon a quitté sa direction pour s’investir à fond dans son Mouvement pour une VIe République.

En fait, outre leur histoire et leur culture différentes, PCF et PG avaient divergé sur l’attitude à avoir par rapport au PS lors des dernières élections municipales, et cela dans de nombreuses villes comme Paris ou Toulouse. Si le PG est hostile à tout accord électoral avec le PS, il n’hésite pas à flatter EÉLV qui reste pour autant encore et toujours dans la majorité présidentielle. Le PCF quant à lui espère toujours une nouvelle union de la gauche rassemblant Front de gauche, EÉLV et les « frondeurs » du PS. La division est aussi très forte chez les Verts qui ont fait liste commune pour les prochaines élections avec le Front de gauche dans 45 % des cas et seulement dans 18 % avec le PS.
Au sein du Front de gauche, le débat a rebondi sur la position à avoir par rapport à Poutine après l’assassinat de Boris Nemtsov le 28 février. Pour Mélenchon qui s’est exprimé dans différents médias et sur son propre blog, l’opposant n’était qu’un illustre inconnu de droite, et Mélenchon de dénoncer la campagne des « occidentaux et des USA » contre Poutine : « Face aux provocateurs nord-américains, tout repose donc à présent sur le sang-froid de Poutine », ajoute-t-il à propos de l’Ukraine. « Je suis opposé à la guerre qui se prépare contre la Russie. Totalement, irrémédiablement. » Pour Mélenchon, la responsabilité de Poutine dans l’assassinat de Nemtsov a été décrétée « sans le début d’une preuve »...

Naïveté ou « campisme » ?
Face à un président russe décrit par le fondateur du PG comme une victime politique de l’assassinat, plusieurs dirigeantEs du Front de gauche ont réagi. Certains avec prudence comme Pierre Laurent du PCF qui déclare au Monde : « Je ne fais pas de Nemtsov un héros mais c’est quand même la première victime ».
Clémentine Autain est plus radicale et déclare dans Libération : « Ces dernières années ont montré qu’il n’est pas simple d’être en désaccord avec Poutine ! Ne soyons pas naïfs à son sujet. Le président russe et son entourage préfèrent la violence à la démocratie (…) À mon sens, une telle défense de Poutine ne respecte ni les aspirations démocratiques des Russes ni les aspirations nationales complexes des Ukrainiens ». Et la dirigeante d’Ensemble de regretter en conclusion que « notre cadre collectif est aujourd’hui en panne. (…) Il est urgent de reprendre l’ouvrage en visant plus large, plus neuf ».
L’Humanité avait titré « Mélenchon contre la diabolisation de Poutine ». Sur le conflit ukrainien comme sur l’assassinat de Nemtsov, Mélenchon reste « campiste », faisant mine de ne pas voir que la Russie de Poutine n’est pas l’URSS… Sans parler de ses saillies nationalistes « anti-allemandes »... C’est dire que la voie réformiste, avec son respect des institutions, qu’il partage avec le PCF, risquent de ne pas être suffisants pour un prochain accord en vue de la future présidentielle en 2017.

Alain Krivine

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