WeTooGether : Politiser les violences et s’organiser par nous-même

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Féminisme
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Le dimanche 5 novembre est parue dans le JDD une tribune1 réclamant un plan d’urgence contre les violences et une pétition contre les violences faites aux femmes. Une semaine après le 29 octobre, elles sont signées par de nombreuses féministes intellectuelles et militantes, alors que nombreuses sont celles qui attendent la suite de la mobilisation…

 

La pétition a au moins deux qualités. La première est de garder l’attention médiatique sur les violences sexistes quand leur traitement habituel consiste à les minimiser, voire les cautionner. Cette visibilisation est essentielle. Elle permet de se rendre compte que nous ne sommes pas seules, et de faire émerger une conscience collective de ce qu’est l’oppression. La deuxième est d’avancer une plateforme de revendications, un plan d’urgence. C’est indispensable. Les violences ne sont pas une fatalité. Il est possible de gagner sur des revendications.

 

Ne pas semer d’illusions

Mais cette pétition sème aussi de grosses illusions : la première est qu’il serait possible que Macron déclare un plan d’urgence contre les violences faites aux femmes par la seule force des pétitions, alors qu'il supprime les CHSCT, laissant les travailleuses seules face à leurs harcèlements. La deuxième est que le gouvernement aurait toutes les cartes en main pour changer les choses. Or les violences sont intrinsèquement liées au patriarcat et le servent. Les stopper demande donc de s’attaquer au système patriarcal et au système capitaliste. Évidemment, il ne faut pas attendre la révolution pour se battre, mais pour mettre fin à l’oppression des femmes définitivement cela demande à changer de système.

La tribune est signée par de nombreuses féministes dont certaines, à n’en pas douter, pensent que ce genre de plateforme doit être accompagnée par une mobilisation dans la rue. Mais elle laisse un goût amer lancée : aucune perspective de rue, aucune perspective de construction et d’organisation, alors même que de nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui se sont mobilisés et qui cherchent à changer les choses. Étrange que cette tribune soit diffusée et signée largement sans réussir à proposer ne serait-ce qu’en perspective la manifestation du 25 novembre, alors que l’appel du CNDF tarde à venir, rendant difficile la mise en route une dynamique.

 

Par nos luttes

C’est par nos luttes que nous avons gagné des droits, c’est par nos luttes que nous en gagnerons de nouveaux. Il n’y aura pas de raccourcis. Il faut que les militantEs arrêtent de se contenter de signer une tribune dès que mobiliser leur semble compliqué. Le gouvernement Macron est un gouvernement qui ne lâchera rien si nous ne lui arrachons pas. Il a déjà prouvé qu’il n’était pas du côté des femmes et des personnes LGBTI : suppression du ministère du Droit des femmes de plein exercice et avec un budget propre, nouveau report de la PMA, nomination de ministres homophobes et sexistes, etc. La seule proposition contre le harcèlement de rue est de renforcer la présence des flics quand ceux-ci sont eux même parfois responsables d’agressions et de viols et qu’ils empêchent de nombreuses femmes de porter plainte2.

Nous avons une fenêtre pour construire un mouvement contre les violences sexistes et plus généralement reconstruire un mouvement féministe, large et inclusif. Mais il faut réagir dès aujourd’hui en proposant à toutEs de s’organiser collectivement pour combattre le patriarcat. Et en proposant une perspective de rue : la manifestation du 25 novembre. Mais les manifestations ne peuvent être cette année les traditionnelles manifs du 25. Elles doivent être le plus massives possible et se faire dans l’unité la plus large, ce qui implique pour de refuser toute mention stigmatisante à l’encontre des femmes, en particulier les femmes musulmanes. L’unité du mouvement féministe ne pourra se faire qu’en articulant les luttes féministes et antiracistes.

 

Contre la dépolitisation

Il faut, enfin, refuser une dépolitisation des violences faites aux femmes, les ramenant à des problèmes interindividuels. Ces violences sont systémiques : pour les combattre, il ne suffira ni de signer une pétition ni de les rendre visibles, même si l’un ou l’autre moyen peut éventuellement être une étape dans ce combat. Pour les combattre, il faut combattre le système patriarcal.

Nous ne pourrons compter que sur nos propres forces, ce qui signifie construire une mobilisation auto-organisée, dans ce sens l’appel à une Assemblée Générale3 pour discuter collectivement des suites du mouvement à Paris peut être une étape importante, surtout si elle débouche sur une construction de collectifs militants. Mais une seule AG ne résoudra pas tout, et il faudra que les tests soient faits dans toutes les villes, dans les entreprises, dans les sections syndicales.

 

Mimosa Effe

 

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