Violences sexuelles : les chiffres qui font mal

L’Ifop a publiée à 5 jours d’intervalle deux enquêtes sur les violences faites aux femmes : une première sur les violences d’une manière générale1 puis une seconde sur le harcèlement au travail2. Les chiffres viennent appuyer ce que les femmes ont dénoncé massivement sur les réseaux sociaux ces derniers mois.

Plus de la moitié des femmes ont été victimes de remarques déplacées, d’insultes ou de remarques sexistes, et 12 % de viol. Sur ces dernières les conséquences sont importantes, allant jusqu’à la tentative de suicide pour 21 % d’entre elles (contre 5 % dans l’ensemble de la population). 

Harcèlement et violences au travail

Évidemment les violences ne s’arrêtent pas à la porte des entreprises : là aussi les chiffres font état de violences massives. Près d’un tiers des femmes ont subi au moins une fois une situation de violence au travail, en premier lieu du harcèlement verbal ou visuel, des gestes ou des remarques déplacées en particulier en rapport au corps. Les pressions pour obtenir un acte de nature sexuelle contre une promotion concernent 8 % des femmes, les contacts physiques légers 11 %, les attouchements 13 %, etc. L’enquête met en évidence des profils qui aggravent les situations de violences. Parmi ceux-ci le fait d’être homo ou bisexuelles est très net. Les cadres et professions intellectuelles, les cheffes d’entreprise et les chômeuses sont également plus touchées. On peut imaginer que les ressorts des violences sont variables, mais l’enquête n’apporte pas d’éléments pour étayer des hypothèses. Ce qui est clair c’est que l’un des objectifs des violences est de maintenir les femmes en position d’infériorité. Un phénomène connu est chiffré dans l’enquête, à savoir la sous-­estimation par les femmes des violences : seulement 22 % estiment avoir eu à faire face à une situation de harcèlement au travail alors que l’enquête les chiffre à près d’un tiers…

Difficulté à parler, à agir

Dans la majorité des cas les femmes en ont parlé à quelqu’unE, mais rarement à une personne susceptible d’agir, que ce soit des représentantEs syndicaux ou la hiérarchie (7 à 16 % selon les cas). C’est aussi le cas en dehors du travail. Il faut dire que les situations économiques de dépendance ou de précarité des femmes les empêchent pour une partie d’entre elles de prendre ce risque. À cela s’ajoute, par exemple, le fait que 59 % des violeurs qui ont fait l’objet d’une procédure juridique ne sont pas condamnés. On ne se sent pas très encouragées à dénoncer les violences…

À l’occasion du 8 mars, toutes les organisations syndicales ont publié un communiqué portant un certain nombre de revendications concernant l’égalité professionnelle et la lutte contre les violences3.

Nous devons nous saisir du 8 mars de cette année pour dénoncer en particulier les violences faites aux femmes sur leur lieu de travail en ayant conscience que les lois « travail », la dégradation des conditions de travail en particulier dans les services publics, etc., ne peuvent qu’aggraver les violences faites aux femmes.

Elsa Collonges

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