Viol : la question du consentement au centre des débats

Deux affaires récentes de viol sur de très jeunes filles de 11 ans ont mis la question du consentement sur le devant de la scène médiatique. Dans les deux cas, des hommes beaucoup plus âgés ont imposé un acte sexuel avec pénétration.

Dans les deux cas, l’accusation de viol n’a pas été retenue car la justice a estimé qu’il n’était pas prouvé qu’il y ait eu contrainte. Ces décisions sont évidemment insupportables, scandaleuses, la marque d’une justice profondément sexiste et patriarcale.

Notamment à cause de ces deux affaires, le gouvernement a décidé de légiférer sur l’âge minimum de non-consentement. Celui-ci serait fixé à 15 ans. Cela aura pour conséquence que tout acte de pénétration sexuelle par un adulte sur unE mineurE de moins de 15 ans sera automatiquement qualifié de viol et donc jugé en cour d’assises et passible de 20 ans de prison.

Plusieurs questions

D’abord sur la question de l’âge. En cette période où l’ordre moral revient en force, on a le droit d’être méfiante quand on veut nous imposer une limite quant à notre sexualité. Certaines d’entre nous ont fait l’amour à 13 ou 14 ans avec plaisir. S’il y a quelque chose qui se joue au niveau de la différence d’âge, c’est surtout la question du consentement qui se pose. 

Ensuite nous ne pouvons balayer la question de la prison d’un revers de main sans nous interroger sur son utilité et son efficacité. Bien sûr, la protection de la (ou des) victime(s) et des femmes est essentielle. Mais dans la perspective d’une autre société, nous devrons élaborer d’autres solutions que l’enfermement.

Enfin, quand on voit aujourd’hui la très faible proportion d’affaires de violences sexistes qui donnent lieu à des condamnations, il faut être lucides sur la possibilité de faire reconnaître ce type de violences dans le cadre de la justice actuelle...

Si ce n’est pas oui, c’est NON !

Il y a aujourd’hui dans la législation un gros problème : la loi considère que pour qu’il y ait agression sexuelle ou viol il faut qu’il y ait contrainte, violence, menace ou surprise. Donc si la victime ne proteste pas, parce qu’elle est terrorisée, sidérée ou tétanisée par des mécanismes d’autoprotection, alors la justice peut considérer qu’il n’y a pas de contrainte exercée par l’agresseur, que celui-ci ne s’est pas rendu compte que la victime n’était pas consentante, etc. Un excellent film d’animation a circulé sur les réseaux sociaux, qui faisait la parallèle avec une tasse de thé : ferait-on boire du thé à quelqu’un qui n’a pas dit qu’il en voulait ? Non. Eh bien toucher le corps de quelqu’un, c’est pareil : on ne touche pas quelqu’unE qui n’a pas clairement dit qu’il ou elle était d’accord ! C’est entre autres cela que l’on exprime lorsque l’on dit que « notre corps nous appartient ».

Zone grise, éducation, émancipation et épanouissement

Dans les cas où tout se passe bien, on ne se pose pas trop la question a posteriori de savoir si on était consentante ou pas. Mais combien de femmes ont eu des relations soit par obligation, soit pour « en finir », soit parce qu’elles étaient saoules, ou bien ont regretté le lendemain. Le documentaire Sexe sans consentement de Delphine Dhilly et Blandine Grosjean (diffusé mardi 6 mars sur France 2 et visionnable sur internet1) explore ce moment où la question du consentement devrait se poser. Les témoignages sont assez éclairants sur la différence de perception entre les hommes et les femmes et clarifie la réalité de ce que l’on appelle la « zone grise ». Il met en lumière les modes de domination et les comportements intégrés par les hommes et par les femmes, qui conduisent celles-ci à ne rien dire et ceux-là à faire quoi qu’il en soit. Pour lutter contre cette oppression, il faut déjà en prendre conscience, la décortiquer, l’analyser en échangeant entre nous les femmes. Il nous sera alors possible d’apprendre ensemble à réagir autrement, à dire clairement non, à être à l’initiative, à proposer d’autres rapports de séduction et de plaisir. 

Il est peu probable que cela se passe simplement et tranquillement : les hommes ne renonceront pas tous spontanément à être dominants, à imposer leur plaisir. Pour que les choses changent, on ne pourra pas non plus compter sur la société pour évoluer « naturellement », car dans le système capitaliste et patriarcal il y a trop d’enjeux de pouvoir, d’argent, de contrôle pour que l’oppression des femmes puisse être éradiquée. Il faudra donc l’imposer par un mouvement féministe, fort, qui remette en question les bases de la société. Alors seulement nous pourrons construire un autre monde où chacunE sera émancipéE des normes et pourra s’épanouir, notamment sexuellement.

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Les médias au cœur de la culture du viol

L’affaire Weinstein a particulièrement secoué les médias outre-Atlantique, et nombreuses sont les personnalités médiatiques qui sont tombées à la suite du producteur, comme Kevin Spacey ou encore Louis C.K.

On peut bien évidemment regarder ce phénomène de manière contrastée puisque d’autres hommes dénoncés pour des faits d’agression et de violences restent pour l’instant peu inquiétés comme Johnny Depp ou Woody Allen. Quoique dans le cas de Woody Allen, les choses sont petit à petit en train de changer, puisque plusieurs acteurs et actrices ont fait le choix de ne plus travailler avec lui.

En France, malgré les retombées positives du phénomène MeToo, qu’il s’agisse de la prise de conscience collective ou de la mise en action d’une nouvelle génération féministe, le traitement médiatique reste inchangé, en témoigne la « Une » des Inrocks avec Bertrand Cantat, l’affaire Alexia Daval, ou plus anciennement l’affaire DSK…

Le 9 février dernier, le chanteur Orelsan recevait quant à lui trois récompenses aux Victoires de la Musique, alors qu’il est aussi connu pour avoir fait l’apologie dans ses premières chansons des violences faites aux femmes. Il n’est ni le premier ni le dernier à passer largement entre les mailles du filet et à être encensé par les médias.

Les médias dominants sont un des vecteurs de la réaction et de l’idéologie dominante : la banalisation du traitement des violences faites aux femmes participe de la culture du viol et de la violence. Bien que le #balancetonporc ait été lancé par la journaliste Sandra Muller, suivie par des salariées des médias, l’accompagnement du mouvement MeToo dans les médias français n’a pas toujours été positif, loin de là. Et c’est dans le Monde qu’est parue la tribune des 100 pour la liberté de se faire « importuner ». 

Pire, on a pu voir, le vendredi 2 mars, le producteur Dominique Besnehard dire sur le plateau de CNews qu’il voulait « gifler » la féministe Caroline De Haas, déjà victime d’un cyberharcèlement. Ce à quoi le présentateur Jean-Pierre Elkabbach a répondu : « Il est bien possible que vous ne soyez pas le seul ». Et quelques heures plus tard, Besnehard paradait lors de la cérémonie des Césars avec un ruban blanc censé justement être le symbole du refus des violences faites aux femmes...

 

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