Rencontres féministes nationales : vers la grève générale féministe le 8 mars 2020

Le week-end du 26 et 27 octobre se sont tenues à Toulouse les premières rencontres féministes nationales de préparation de la grève féministe du 8 mars. Plus de 200 personnes sont venues et un appel national pour construire la grève en est sorti. Cette première étape est enthousiasmante pour le développement massif du mouvement autonome des femmes !

Les rencontres étaient à l’initiative de l’assemblée féministe « Toutes en grève » qui porte justement cette démarche : organiser la grève du 8 mars dans des cadres d’auto-organisation inclusifs, regroupant un nombre croissant de femmes et dépassant les clivages par une interaction quasi permanente entre les divers courant féministes, mais aussi les primo-militantes. Initiées il y a maintenant un an, ces assemblées pensent le 8 mars non pas comme une date mais comme un processus dynamique. Il s’agit avant tout de créer une agitation féministe permanente et conséquente. Depuis MeToo, des milliers de femmes prennent conscience de la nécessité du féminisme : des 50 000 manifestantEs de la marche « Nous toutes » le 24 novembre 2018 à la grève de l’Ibis Batignolles en passant par l’émergence de collectifs de collage contre les féminicides, les femmes se mobilisent de plus en plus contre les oppressions qu’elles subissent. 

Coordonner la construction de la grève

Un des objectifs des rencontres était de coordonner la construction de la grève du 8 mars. À la plénière du samedi matin, des militantes de l’État espagnol, d’Italie, d’Algérie, du Chili et du Guatemala ont exposé les processus de construction du 8 mars dans leurs pays et les potentialités du mouvement féministe. Il en est ressorti que les cadres d’auto-organisation, dépassant les structures traditionnelles du mouvement ouvrier, permettent l’explosion du mouvement féministe. Suite à cela, nous nous sommes réparties en plusieurs ateliers pour travailler les questions de la grève du travail rémunéré, de la consommation et du travail reproductif, de la lutte contre les violences, de nos modes d’actions, de la place des alliés ou encore des potentialités subversives du féminisme vis-à-vis du capitalisme.

Ces ateliers ont fait ressortir des pistes de construction, des points d’accords et de désaccords. Le dimanche, un tour des villes à mis en avant le besoin de construire la grève dans des espaces permettant de sortir de l’entre soi en créant des cadres nouveaux. À partir de ces éléments, nous avons débattu en plénière. Plusieurs axes sont ressortis : intégrer les questions d’islamophobie à notre lutte, lier le féminisme à l’anticapitalisme (et donc appeler au 5 décembre), construire des intersyndicales féministes pour porter la grève sur les lieux de travail, lancer des cadres d’auto-organisation et nous coordonner nationalement. 

Un texte d’appel à la grève a été écrit collectivement, répondant à un intérêt stratégique majeur. Cette étape est essentielle à la construction d’un mouvement féministe fort promouvant l’auto-organisation. L’appel est anticapitaliste et internationaliste, s’inscrit dans les luttes en cours, fait le lien avec les luttes antiracistes et LGBTQI, pousse à la construction de cadres d’auto-organisation et n’oublie pas non plus l’importance du féminisme dans les syndicats. Le processus d’élaboration et de prise de décision au consensus a permis de nous unir sur une base la plus large et précise possible et de mettre en valeur nos désaccords de façon sereine.

Le succès de ces rencontres se mesure aussi à la radicalité et à la justesse de l’appel. La condamnation ferme de l’islamophobie est un signal fort qui montre la possibilité de dépasser les clivages habituels. Nous nous retrouverons en janvier lors d’une prochaine rencontre nationale, pour élaborer des revendications collectives et faire le point sur la préparation de la grève sur l’ensemble du territoire. D’ici là, nous devrons diffuser le plus largement possible l’appel et impulser les cadres d’auto-organisation permettant cette construction partout là où cela est possible : dans nos villes, nos quartiers, nos lieux d’études ou de travail.

Arya Meroni et Lola Latcher 

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