Procès Weinstein : une condamnation symbolique ?

Harvey Weinstein, le producteur américain, a été reconnu, lundi 24 février, coupable d’agression sexuelle avec violence et de viol au troisième degré (c'est-à-dire, selon la loi étatsunienne, sans consentement mais sans violence physique) par un tribunal de New York.

Il se trouve à présent en prison, où il attend le verdict de sa peine qui sera prononcé le 11 mars (il risque entre 4 ans et 29 ans de prison). Dans le même temps, un nouveau procès s’ouvrira bientôt à Los Angeles pour, là aussi, des accusations d’agressions sexuelles et de viols.

Une perception des violences modifiée
Au total, ce sont plus de 80 femmes (travaillant dans l’industrie du cinéma ou voulant y travailler) qui avaient accusé Weinstein de viols et d’agressions sexuelles. Le procès de New York n’étudiait que trois cas, ceux de Mimi Haleyi, de Jessica Mann et d’Annabelle Sciorra, ce dernier se trouvant sous le coup de la prescription mais étant utilisé afin de montrer le caractère de prédateur du producteur hollywoodien. Le caractère prédateur a été rejeté et, dans le même temps, la condamnation à la prison à vie par le jury.
Le procès n’aura pas manqué de reproduire les processus sociaux d’oppression : les plaignantes ont été discréditées, et leur parole mise en doute de par la relation qu’elles ont pu parfois maintenir avec l’accusé.
La condamnation de Weinstein est un symbole à bien des égards. L’affaire qui a éclaté en 2017 avait eu des répercussions dans le monde entier. Le mouvement #MeToo avait fait l’effet d’une véritable onde de choc, montrant le caractère systémique des violences sexuelles dans notre société. Faire le choix de condamner Weinstein, c’est reconnaître que le mouvement contre les violences sexistes et sexuelles a modifié la perception sociale de celles-ci.
Le deuxième élément symbolique est la condamnation d’un grand patron faisant subir des violences à ses employées. En cela, nous ne pouvons que nous réjouir de cette condamnation. C’est bien la force collective, le nombre qui a permis de mettre à bas des années de loi du silence.

Un système à abattre
Mais ne nous réjouissons pas trop vite. L’affaire Weinstein a été un symbole, mais le système qui repose sur notre oppression, qui utilise la violence pour nous contraindre à tenir notre rôle est, lui, toujours bien debout, même s’il se fissure chaque jour davantage. D’ailleurs, dans l’affaire Weinstein, le producteur n’était pas seul et ne devrait pas être le seul sur le banc des accusés : c’est tout un système qui l’a protégé.
Le journal le Monde titre aujourd’hui : « Le premier succès de l’ère MeToo »1. Mais le premier succès ne peut être la condamnation individuelle d’un homme. Les premiers succès sont d’abord et en premier lieu les mouvements de masse des femmes à travers le monde qui ont permis de prendre confiance en nos propres forces, qui permettront de changer les rapports de pouvoir dans les relations hommes-femmes, qu’elles soient au travail ou sexuelles et sentimentales. Le vrai succès de l’ère MeToo c’est la compréhension que la violence d’un homme est le rouage d’un système, et que maintenant que nous l’avons endommagé, il nous faut l’abattre.

Mimosa Effe

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