L’état d’urgence contre les femmes

Les deux manifestations contre les violences faites aux femmes à Paris à l’occasion du 25 novembre (Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes) ont été annulées sous la pression de la préfecture de police. Refuser la rue aux femmes constitue pourtant une double violence.

 

Alors que le déferlement médiatique et politique recentre les débats sur le sécuritaire, les politiques migratoires et l'impérialisme, et alors que les agressions islamophobes se multiplient, il importe de rappeler quelques vérités:

 

Les violences de genre ne s’interrompent pas par la grâce d’une Union nationale ni ne sont réprimées par un état d’urgence qui frappe prioritairement le mouvement social et les populations déjà stigmatisées. Nos luttes ne s’interrompront donc pas non plus.

Les politiques migratoires et impérialistes actuellement menées par le gouvernement français constituent elles aussi des violences envers les femmes. A l’échelle mondiale, 51% des migrants sont des migrantes (47% dans l’Union européenne). Loin de l’image de l’homme seul parti en avant-garde, les femmes emmènent souvent avec elles leurs enfants et sont particulièrement exposées. Et bien évidemment, elles sont touchées comme le reste de la population par les bombardements dans les zones de combat.

Les agressions islamophobes (physiques mais aussi verbales) comprennent, on le sait, une dimension de genre. Les femmes (et jeunes filles) portant le foulard sont surreprésenteés parmi les victimes d’islamophobie. Au-delà du marqueur confessionnel que peut signifier le foulard et de la dimension fondamentalement raciste de ces violences, c’est toute l’oppression des femmes dans leur accès à l’espace public qui vient en catalyseur - les agresseurs étant souvent des hommes

Enfin, les discours martiaux, militaristes et virilistes qui se font entendre partout depuis les attentats, la légitimation de l’état d’urgence par l’état de guerre, a historiquement toujours produit un durcissement des rapports sociaux, en particulier de genre. Nous devrons donc y être attentives.

Interdire la rue aux femmes, les silencier, nous renvoyer dans nos foyers, est-ce là cette société prétendument moderne qui défendrait “une certaine conception de l'égalité entre les femmes et les hommes” selon Valls, qui a brandi sur RTL la criminelle expression de “combat de valeurs, un combat de civilisations”? L’instrumentalisation de nos luttes pour l’émancipation pour justifier l’état d’urgence qui nous réprime? Ce n’est pourtant qu’une déclinaison de plus de l’hypocrisie de notre gouvernement. Ce même gouvernement qui ferme les centres IVG, les foyers d’accueil pour femmes battues, effectue des coupes sombres dans les services publics, hospitaliers, d’éducation, de la petite enfance…

Non, l’état d’urgence ne nous protégera pas. Il nous affaiblit en réalité, en affaiblissant notre capacité de riposte collective, en nous fragmentant, en empêchant de nous retrouver et de nous soutenir les unes les autres.

Contre l’islamophobie, la xénophobie, le sécuritaire, la répression et la guerre, aujourd’hui et toujours : “Reconnaissons-nous, les femmes ! Parlons-nous, regardons-nous!”

 

Chloé Moindreau

 

 

 

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