Jacqueline Sauvage : enfin libre ?

Dimanche 31 janvier, un communiqué de l’Élysée nous apprenait la remise gracieuse de peine accordée à Jacqueline Sauvage par le chef de l’État, une grâce qui n’efface rien de ses deux condamnations, mais qui va lui permettre de demander d’ici quelques jours une libération conditionnelle, sans devoir attendre pour cela janvier 2017, et de pouvoir ainsi recouvrer enfin la liberté pour profiter d’une vie (enfin) paisible après des siens.

Si l’affaire a pris une telle ampleur médiatique, obligeant le Président à intervenir, lui qui se disait opposé au principe même de grâce pendant la campagne présidentielle, c’est bien parce qu’une mobilisation citoyenne et féministe d’ampleur a eu lieu ces dernières semaines, et qu’il ne pouvait plus feindre de l’ignorer.
Ainsi, samedi 23 janvier, des centaines de personnes s’étaient rassemblées à Paris pour réclamer la grâce pour Jacqueline Sauvage, un comité de soutien rassemblant de nombreuses artistes s’était constitué, et une pétition avait recueilli plus de 435 000 signatures. Une mobilisation qui est allée grandissante depuis son procès en appel en décembre dernier, dont le verdict avait confirmé la condamnation en première instance à 10 ans ferme pour meurtre, cela sans lui avoir reconnu aucune circonstance atténuante... Un verdict dur et disproportionné pour une femme victime de violences conjugales répétées depuis près de 50 ans, et qui a vu également ses enfants subir viols et violences.

Au-delà de ce geste symbolique dont on ne peut que se féliciter, cette affaire pose une nouvelle fois la question de la visibilité et de la prise en compte des violences conjugales à une échelle large. Les deux avocates de Jacqueline Sauvage ont ainsi avancé l’idée de faire reconnaître la situation de « légitime défense différée » dans la loi pour les femmes sous l’emprise d’un conjoint violent. Une idée que les féministes devront nécessairement faire avancer dans le débat public.
à entendre déjà les commentaires réticents des uns et les autres sur le sujet, on se dit qu’il est vraiment temps pour la société de regarder plus attentivement ce qui se passe dans la sphère dite privée et d’arrêter de considérer que l’intime est moins politique que le reste.

Hélène Pierre

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