Féminicides : Un Grenelle pour négocier avant la bataille ?

Le 7 juillet a été décompté un 75e féminicide depuis le 1er janvier 2019 : une femme a été assassinée dans les Yvelines. Alors que de nombreuses associations féministes se mobilisent contre les féminicides depuis plusieurs mois. Marlène Schiappa a annoncé ce lundi 8 juillet, sur le plateau de BFM-TV, qu’il n’y « a pas de solution miracle » pour lutter contre les féminicides.

C’est évidemment un décompte morbide que celui qui consiste à compter celles d’entre nous qui sont assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. C’est aussi la partie visible de l’iceberg de la part de femmes qui subiront des violences en fonction de leur genre pendant leur vie, du nombre de femmes qui subissent des violences conjugales ou des violences dans le cadre du foyer. Ces chiffres, qui sont de plus en plus médiatisés, montrent que ces violences ne sont pas des accidents isolés, mais font système. Elles sont l’une des nombreuses facettes de la domination masculine.  

Une solution miracle ? 

Ces dernières semaines, la bataille médiatique a fait rage entre, d’un côté, le gouvernement, et en particulier la secrétaire d’État Marlène Schiappa et, de l’autre, les associations féministes, pour savoir s’il y avait une « solution miracle » au problème des féminicides. Ainsi dans une tribune parue sur le site du Monde, initiée par Nous Toutes1, on peut lire cinq propositions au gouvernement pour éviter les féminicides. On peut s’accorder sur le constat : les manques de moyens, les plaintes des femmes jamais prises en compte. La justice qui laisse faire. Marlène Schiappa estime de son côté qu’il n’y a pas de solution miracle contre les féminicides, elle a même été plus loin : « Si on fait un chèque d'un milliard et que les féminicides s'arrêtent, on le fait immédiatement ». Nous aurions presque envie de dire chiche, car ce qui est certain, c’est que ça n’a jamais été fait.  

Négocier sans rapport de forces ?

Sous la pression médiatique, le gouvernement a donc annoncé un « Grenelle » contre les violences conjugales. La secrétaire d’État recevra aussi les associations féministes dans les prochains jours... et là est le hic. Certes, il y a eu des rassemblements plus nombreux qu’habituellement, mais aujourd’hui il n’y a pas de mobilisation de masse, ce qui fait que ces associations vont encore une fois aller négocier sans aucun rapport de forces. 

Pire, les revendications qui se font le plus entendre en ce moment sont les mesures répressives, que l’on peut entendre et comprendre dans une certaine mesure, mais qui ne règleront pas le problème des violences : la prison n’a jamais empêché le crime. 

Il n’y aura pas de miracles contre les violences conjugales, mais il n’y a pas rien à faire : il est possible d’investir massivement dans l’éducation, prévoir des structures importantes pour la protection et l’hébergement des femmes qui subissent les violences, augmenter les salaires (car oui les femmes qui restent sont souvent celles qui ont peu d’autonomie financière) et mettre fin à la précarité (CDI pour toutes, fin des temps partiels imposés,...).  

Vers une mobilisation de masse ? 

Mais quelles que soient les revendications, elles ne seront obtenues qu’au terme d’un bras de fer avec le gouvernement. Il n’y a pas de fatalité à des mobilisations minoritaires. Nous pouvons dès aujourd’hui, lancer l’idée d’une mobilisation nationale pendant le Grenelle du 3 septembre. Partout dans le monde, les femmes se mobilisent massivement contre les violences et les féminicides, et c’est cette question qui a lancé la grève internationale du 8 mars initiée par l’Argentine. Comme elles, en France, plutôt que des politiques de lobbys, construisons un mouvement large, unitaire et auto-organisé contre les violences faites aux femmes. 

Mimosa Effe

 

 

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