Droits des femmes : Un 8 mars pas comme les autres

En 2017, l’appel à la grève des femmes d’Amérique Latine avait déjà été relayé dans plus de 50 pays. Cette année, la grève a pris encore de l’ampleur, notamment en Argentine et dans l’État espagnol : un point d’appui pour (re)construire un mouvement féministe international, massif et radical. 

Dans l’État espagnol, plus de 5 millions de personnes ont fait grève à l’appel des organisations syndicales et féministes, avec des manifestation énormes dans une cinquantaine de villes, un impact sur les transports, les médias… En Argentine c’est plus d’un million de personnes qui ont manifesté. Au Mexique, en Inde, à Kaboul, en Italie… partout les femmes se sont mobilisées, déclinant l’ensemble des revendications : contres les violences, en particulier les féminicides, contre les expropriations de terres, pour le droit à l’avortement, pour le droit de vote ou de conduire, pour l’égalité salariale, l’égalité dans l’héritage, en solidarité avec les femmes migrantes, celles de Palestine, de Syrie et notamment d’Afrin… Les questions féministes touchent l’ensemble des questions sociales, politiques et économiques, et c’est ce que démontre clairement ce 8 mars.

Des exemples à suivre, des luttes à construire

Ce que pose aussi ce 8 mars, c’est la question de nos moyens d’action et de ce point de vue, la grève massive dans l’État espagnol doit nous montrer la direction à suivre. Elle permet de montrer à la fois la place des femmes dans la sphère publique et leur rôle dans la sphère privée, de dénoncer les injustices et les violences faites aux femmes par ce système capitaliste et patriarcal.

En France, le mouvement reste encore assez faible même si on constate un petit regain ces dernières années. Des manifestations ont eu lieu dans de nombreuses villes, avec parfois des appels à la grève qui ont alors permis des cortèges un peu plus fournis qu’ailleurs. À Paris, la mobilisation reste proportionnellement faible malgré le renouvellement apporté par le mouvement #metoo. Le lien avec les luttes récentes des femmes, notamment dans les secteurs du nettoyage ou de la santé, n’est pas immédiat non plus même si cette préoccupation est portée par les militantes féministes et que des liens se sont créées ces derniers mois.

Le gouvernement a profité de cette date pour faire quelques annonces : des sanctions pour les inégalités salariales à partir de 2022 (ce qui existait déjà mais n’était pas appliqué), des places d'hébergement réservées (mais pas en plus) pour les femmes victimes de violences, des amendes pour les actes de harcèlement pris en « flagrance »... Toutes ces annonces ne sont que du vent en l’absence de moyens supplémentaires pour l’inspection du travail, ou sans la construction de logements sociaux. Pendant ce temps, l’accueil de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) est toujours fermé faute de moyens1, les temps partiels imposés et les bas salaires sont toujours d’actualité, etc. Sur l’éducation, les moyens pour les associations, les hôpitaux, les CIVG, la formation des personnels en contact avec les victimes de violences : rien. Concernant l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, dont discute en ce moment les états généraux de la bioéthique après de multiples reports depuis 2012, toujours rien non plus…

Alors la mobilisation continue dès maintenant et rendez-vous le 8 mars 2019 pour une grève massive internationale !

Elsa Collonges

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