Cette tolérance sociale envers les violences sexuelles et le viol

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes vient de publier mercredi 6 octobre un avis sur le viol, et plus largement sur les agressions sexuelles.

Hors commande gouvernementale, il s’agit d’une auto-saisine visant à produire une série de recommandations face à l’ampleur des agressions sexuelles, et en particulier des viols, dont les femmes sont victimes.

Plus de 15 ans après l’enquête ENVEFF1, les progrès de la connaissance statistique en matière de violences faites aux femmes restent limités. Cependant, il apparaît qu’au moins 1 femme sur 5 a subi une forme d’agression sexuelle au cours de sa vie et que, sur les 84 000 femmes déclarant chaque année avoir été victimes de viol, moins de 10 % déposent plainte… et une seule plainte sur 10 aboutit à une condamnation pénale !

Les auteurEs de l’avis mettent en avant une série des raisons qui expliquent ces chiffres. En premier lieu, la culture du viol (publicités mettant en scène la soumission de femmes par des hommes, etc.) et un traitement médiatique patriarcal cherchant quasi systématiquement des circonstances aggravantes envers les femmes (de la consommation d’alcool au fait de se promener seule)… et donc atténuantes pour les hommes !

Du sexisme social aux violences faites aux femmes

Sont également passés au crible de cet avis, le manque de formation des personnels pouvant accueillir les femmes victimes de violences tout comme le manque de structures adaptées et accessibles, mais aussi la faiblesse de la réponse et des moyens judiciaires. Les auteurEs montrent notamment que, face à l’engorgement des cours d’assises, de nombreuses femmes en viennent à accepter la disqualification du viol dont elles ont été victimes (il s’agit d’un crime) en délit d’agression sexuelle.

Les recommandations de l’avis visent à rendre sa dimension politique à la lutte contre les violences faites aux femmes (il ne s’agit pas de « déviances » individuelles, mais bien d’une expression, destructrice voire meurtrière, des inégalités entre femmes et hommes) en abordant différents aspects : éducation non sexiste, formation des professionnelLEs, réponse judiciaire ou encore accompagnement des victimes. Et les auteurEs ne peuvent que noter qu’une lutte véritable contre les violences sexuelles nécessite de donner de réels moyens aux services publics, notamment judiciaires et de santé.

À quelques semaines de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, ce rapport a le mérite de mettre en lumière à quel point les violences faites aux femmes sont inextricablement liées au sexisme de la société mais également à quel point sont faibles les réponses judiciaires et sociétales.

Abby Taro

 

  • 1. Réalisée en 2000 et publiée en 2001, il s’agit de la première grande enquête française sur les violences faites aux femmes.

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