Cantat, Weinstein, la culture et l’idéologie dominante

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Féminisme
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Il en fallait bien un pour défendre le producteur étatsunien coupable de viols, d’agressions et de harcèlement avec une liste de victimes qui ne cesse de s’allonger. Un autre agresseur s’est ainsi senti obligé de se solidariser à demi-mots. Woody Allen a déclaré le 15 octobre à la BBC : « C’est tragique pour les pauvres femmes qui se sont retrouvées impliquées. Et triste pour Harvey dont la vie est tellement bouleversée. » 

Mais dans cette affaire, le plus révoltant c’est que tout le monde savait. Ainsi, une vidéo datant de 2005 a fait sa réapparition, dans laquelle l’actrice et musicienne Courtney Love donnait déjà l’information à une chaîne de télévision. 

Aujourd’hui Weinstein va être banni du show business, et évidemment on ne va pas le plaindre. Mais il ne faudrait pas oublier tous ceux, hommes politiques, producteurs, acteurs, hommes de pouvoir… dont on sait qu’ils sont des agresseurs et que les médias, le monde politique et l’industrie culturelle ne bannissent pas : Dominique Strauss-Kahn, Roman Polanski, Woody Allen, Casey Affleck, Johnny Depp, ainsi que leurs défenseurs, à commencer par Finkielkraut ou BHL. 

Dans ce genre d’horreurs, qu’elles concernent des personnalités publiques ou des inconnus, nombreux et nombreuses sont ceux et celles qui savent mais se taisent. Quelle surprise quand on voit le traitement médiatique qui est réservé à celles qui osent parler : on n’oubliera pas les larmes de Sandrine Rousseau ni le qualificatif de « troussage de domestique », employé par Jean-François Kahn pour parler du viol de Nafissatou Diallo par DSK. Et on n’oubliera pas que, sous couvert de résistance au « traitement horrible » que subirait Betrand Cantat, dont la violence aura été jusqu’à tuer Marie Trintignant, les Inrocks lui ont offert la « Une », lui ont donné une tribune, et ont jeté à la figure de toutes les femmes un symbole de la violence conjugale, des féminicides, de la négation de la parole des femmes, quand Marie Trintignant, elle, ne pourra plus jamais avoir de tribune.

Il ne s’agit pas d’un nom ni du nombre d’années de prison. Ce n’est pas un problème d’individus mais bien du patriarcat. En ce sens, les réseaux sociaux ont permis de visibiliser cette violence en pointant une oppression structurelle, et ont permis aux femmes de se solidariser les unes des autres. Mais la réponse durable ne viendra pas des réseaux sociaux : il faut reprendre la rue contre les violences, en commençant dès le 25 novembre prochain.

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