25 novembre contre les violences sexistes et sexuelles : le gouvernement face à la rue

S’il n’y avait pas tous les noms de ces femmes mortes, assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint, s’il n’y avait pas plus de 80 000 viols par an en France, si la violence n’était pas notre quotidien, on pourrait presque considérer comme du comique de répétition les annonces du gouvernement Philippe à la sortie du Grenelle contre les violences conjugales.

Les féminicides sont devenus une question majeure tant du point de vue médiatique que de la mobilisation. Nombreuses sont les femmes qui s’organisent depuis des mois pour rendre visibles celles qui se trouvaient auparavant invisibilisées, traitées comme une page de faits divers. La mobilisation de samedi dernier a marqué un tournant pour la lutte des femmes en France. Elle a montré que le féminisme est à la fois un vecteur de lutte très fort, qui n’est évidemment pas à déconnecter de la lutte des classes en ce moment, mais aussi que nous vivons en ce moment la reconstruction d’un mouvement des femmes, de masse, reprenant les éléments du mouvement autonome des femmes des années 1970 : AG, collectifs, groupes d’action spontanée...

Effets d’annonce

Ce succès revient moins à Nous Toutes, qui est un cadre beaucoup trop verrouillé pour que les femmes puissent largement s’en emparer, qu’à la recherche, de la part d’une large partie des femmes, des moyens de se mobiliser alors que les formes plus traditionnelles du féminisme peinent à se renouveler, affaibli par beaucoup de divisions.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a convoqué un « Grenelle » dont il a rendu les conclusions lundi 25 novembre. Les annonces sont sensiblement les mêmes que celles de l’année dernière. Le budget alloué (361 millions d’euros) n’est pas modifié par rapport au budget 2019 ; l’embauche de travailleurEs sociaux attachés aux commissariats s’élève à... 80 postes sur tout le territoire ; 1 000 places d’hébergement supplémentaires ont été promises. Pour tout le reste, ce n’est qu’effet d’annonce.

Les leviers pour agir existent

Il existe des leviers importants sur lesquels le gouvernement pourrait agir, mais il n’en fait rien. C’est plus que des places d’hébergement dont ont besoin les femmes en situation de précarité qui se trouvent dans un foyer violent : c’est d’un logement digne, d’un salaire à la hauteur des besoins, et d’un accès aux ressources juridiques et psychologiques qu’elles souhaitent, ce qui signifie arrêter de supprimer les subventions aux ­associations qui les proposent.
Bien sûr que l’éducation est un levier important, mais pas en proposant des fiches de signalement : les enseignantEs ne sont pas des flics ! Où est le budget qui est alloué à une éducation non sexiste ? Nous savons en réalité que la logique du gouvernement est à l’inverse de ce qu’il faudrait faire : comment peut-il dire que ces questions seront intégrées à la formation des profs alors même que celle-ci est mise en pièces…
Les violences sexistes ne viennent pas de nulle part, elles sont le produit de ce système. C’est pourquoi comme en 1995, les 50 000 personnes dans les rues de Paris doivent inaugurer un mouvement de grève massif le 5 décembre, qui continue jusqu’au retrait du projet de loi sur les retraites, mais sans mettre de côté l’intérêt des femmes, des travailleuses et des étudiantes à s’organiser de manière autonome pour construire un mouvement féministe de masse et la grève du 8 mars !

Mim Effe

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