Europe : Hollande, Juncker et la flexibilité

L’élection de Juncker, l’homme des banques et des paradis fiscaux, à la tête de la Commission européenne, donne une idée du crédit que l’on peut apporter aux prétentions de Hollande à réorienter la politique européenne. Moins encore que des velléités...

Juncker est la « mauvaise personne », accuse le Premier ministre anglais Cameron, dénonçant le fait que les dirigeants européens « renoncent », au profit des partis politiques, à leur prérogative de nommer le président de la Commission. Le seul à avoir voté avec Cameron contre Junker est son homologue hongrois, Viktor Orban, pour le moins très à droite... qui a tenu cependant à rassurer en évoquant les « points de convergence » qu’il pouvait avoir avec Juncker. Pas très surprenant.
Les accusations grandiloquentes de Cameron sont tout aussi ridicules que les éloges du nouveau mode d’élection en rien démocratique du président de la Commission : un arrangement entre partis dans le dos des peuples. Ces vaines gesticulations participent du consensus réactionnaire dans lequel baignent les sommets des institutions européennes auxquelles se plie même la gauche dite radicale.

Hollande et sa petite musique
Hollande essaye cependant de jouer sa petit musique. Il est allé chercher à sa rescousse le jeune et bouillant italien Matteo Renzi qui lui aussi se dit partisan d’un « changement radical »... Ni plus ni moins qu’une plus grande « flexibilité » dans l’application des règles budgétaires afin de soutenir l’investissement et la croissance !
Hollande a rendu public, la veille de la Commission européenne, son « agenda pour la croissance et le changement en Europe ». « Depuis deux ans, les bases d’un rebond ont été posées. Il est temps de changer d’échelle et d’ouvrir une nouvelle étape », écrit-il, cela autour de cinq grands objectifs : une politique économique orientée vers la croissance, la lutte contre le chômage des jeunes, une politique européenne de l’énergie, la maîtrise des flux migratoires et enfin un « choc de simplification » pour les institutions. Il propose un « programme de convergence fiscale et sociale renforcée, afin de lutter contre la concurrence déloyale », avec notamment « un salaire minimum dans tous les États membres » et la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. « La taxe sur les transactions financières devra effectivement être mise en place pour 2015 »...
On nous promettait une « grande bataille » à Bruxelles entre les partisans de la rigueur et ceux de la relance. En fait, ni montagne ni souris, la commission n’a accouché de rien. Elle a simplement reconnu aux États membres le droit à plus de « flexibilité » dans l’application du Pacte de stabilité dès lors qu’ils réalisent les réformes structurelles demandées. Rien ne change et Angela Merkel l’a immédiatement précisé : « La flexibilité, cela signifie que le pacte de stabilité sera appliqué de la meilleure manière possible. » Et d’ajouter que « ce ne sera pas aux États de décider eux-mêmes de l’application de cette flexibilité, mais à la Commission. »
Hollande n’avait rien à ajouter puisqu’il est d’accord... Gesticulations et consensus.

Yvan Lemaitre

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