Vent de rébellion chez Airbus contre la réouverture des usines

Depuis le 16 mars, il y a eu dans l’aéronautique un processus de révolte contre le maintien des activités non-essentielles, que le patronat du secteur voulait au départ maintenir, et ce alors que l’immense majorité des compagnies aériennes ont suspendu leurs vols. Air France, par exemple, a réduit son activité de 90 % et a cloué la majorité de ses avions au sol. Mais pour Airbus, construire des avions fait partie des activités économiques « essentielles » et, alors qu’il y a avait eu de nombreuses usines fermées lors de la première semaine de confinement, soit du fait des entreprises, soit sous la pression des salariéEs qui ont exercé leur droit de retrait ou ont débrayé, il y a une offensive coordonnée entre Airbus et le gouvernement pour faire reprendre l’activité petit à petit, non seulement aux salariéEs d'Airbus, mais à tous les sous-traitants, sous pression du « donneur d’ordre ».

Aux travailleurEs de décider ce qui est essentiel

Face à cette politique du patronat, qui met en danger la santé de tous les salariés et de leurs familles, pour maintenir coûte que coûte les profits énormes du secteurs, nous ne pouvions pas continuer à nous défendre usine par usine. Nous avons commencé à coordonner les différents syndicats de l’aéronautique pour faire une réponse communes entre toutes les usines, donneur d'ordre ou sous-traitants, avec une revendication partagée entre tous nos syndicats, celle de la fermeture des usines dont la production n’est pas essentielle. Que ce soit chez Airbus, Dassault, ou tous les sous-traitants comme Safran, Liebherr, Latécoère, Collins, AHG et d’autres, on ne peut pas continuer à travailler comme si c’était sans danger pour nos collègues. De plus, alors que de nombreuses boites sont en train d’accumuler les masques pour leurs travailleurEs (un million chez Thalès reçu ce vendredi !), les hôpitaux continuent de manquer de masques pour protéger les soignants : il faut que tous ces masques soient redistribués aux hôpitaux, EPHAD, et tous les personnels soignants qui en ont besoin !1

Si nous demandons l’arrêt des production non essentielles, il y a, même dans l’aéronautique, des productions importantes qu’il faut maintenir : si on nous demande de dépanner un hélicoptère du SAMU, on le fera avec plaisir. Mais c’est aux travailleurEs de décider ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. On ne fait pas confiance, et la situation nous donne raison, au gouvernement et aux patrons pour dire ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Mais au-delà de l’arrêt des productions non essentielles afin de contenir la propagation du virus, l’industrie aéronautique pourrait apporter bien plus dans cette crise sanitaire sans précédent, qui touche avant tout celles et ceux qui ne peuvent pas arrêter de travailler, qui ne sont pas confinés, c’est à dire les salariéEs. En Espagne et en Italie, certaines usines de l’industrie automobile discutent de réorienter leur production pour construire des respirateurs artificiels. Ce serait tout à fait faisable dans les usines de l’aéro, et, aux Ateliers de la Haute Garonne où je travaille, nous avons interpelé la direction dans ce sens. On viendrait travailler avec fierté si c’était pour fabriquer des choses essentielles pour résoudre la crise du coronavirus.

L’impression d’être de la chair à canon

Il y a aujourd’hui une nouvelle subjectivité chez les travailleurEs du secteur aéronautique. Les travailleurEs ne peuvent pas éternellement accepter leur sort. S’il y a eu moins de combativité ces dernières années, c’est avant tout parce que le patronat de l’aéronautique a une tradition de contention de la conflictualité sociale qui s’est mise en place après 1968 et l’écrasement des syndicats combatifs, et parce que l’aéronautique est resté relativement à l’abri de la crise de 2008. Mais quand, comme aujourd’hui, on fait face à des questions de santé, de vie ou de mort, ce qui suffisait avant à contenir les ouvriers ne suffit plus. On a l’impression d’être de la chair à canon pour construire des choses qui sont pas essentielles pendant que tout le monde appelle « en même temps » à rester confiné.

Le communiqué commun que nous avons publié avec 22 syndicats de l’aéronautique est un premier pas dans le sens d’une réponse collective face aux attaques du patronat. Les suites de notre coordination dépendront de la façon dont le patronat veut faire reprendre le travail. S’il y a une reprise massive et rapide, il s’agira pour nous de se battre pour un appel à la grève, comme cela s'est fait en Italie ce mercredi 25. Mais dans tous les cas, si le travail reprend, dans les conditions que l’on défend ou si on y est forcés, nous lutterons pour qu’il y ait un comité de contrôle composé des élus du CSE et de tout ouvrier qui veut y participer. Un comité qui contrôle lui-même, en ayant toutes les informations sur les processus de production, les mesures sanitaires prises par l’entreprise, avec un droit de veto. C’est pour nous la seule garantie que l’on puisse avoir pour que les salariéEs soient réellement protégés dans cette période de crise.

C'est aussi un premier pas pour nous défendre, non seulement pour défendre notre santé et celle de nos proches pendant cette crise sanitaire, mais aussi de nous préparer à nous battre quand ils voudront nous faire payer la profonde crise économique en cours. 

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