Université de Toulouse : les personnelLEs du ménage en grève contre la précarité

Une cinquantaine de salariéEs de l’entreprise Arc en Ciel chargée du ménage et de l’entretien sur le campus du Mirail à Toulouse sont en grève depuis le 11 février pour dénoncer une situation qu’ils/elles qualifient d’esclavage moderne.

Dans un contexte de travail déjà dur avec des temps partiels imposés, des horaires décalés (tôt le matin) et des salaires faibles, ils/elles font face depuis plusieurs années à un véritable harcèlement.

Travail sans contrat, heures non payées, prélèvements abusifs sur les fiches de paie, surcharges de travail, frais de mutuelle souscrits mais dont ils/elles ne bénéficient pas. Avec le jeu des changements de sociétés, des travailleurs/ses travaillant à l’université parfois depuis 30 ans sont toujours considérés comme « sans expérience » et ne bénéficient d’aucun avantage lié à l’ancienneté. Depuis plusieurs mois ils/elles n’ont plus de gants alors qu’ils/elles manipulent au quotidien des produits dangereux. Une employée a même été séquestrée par le responsable de site qui voulait l’empêcher de parler à son chef d’équipe !

L’université est autant responsable que ses sous-traitants !

Le 11 février les grévistes ont été reçuEs par la présidence de l’Université, par l’intermédiaire de son vice-président Patrimoine et du responsable logistique. La direction de l’université fait mine de découvrir la situation.

Pourtant qui peut croire qu’en renégociant chaque fois à la baisse les contrats de nettoyage, les universités n’ont pas conscience des conséquences sociales de leur politique ? Qui peut croire qu’en externalisant les services d’entretien, les universités n’ont pas conscience de dégrader les conditions de travail des salariéEs ?

La société Arc en Ciel a obtenu le marché du campus du Mirail en proposant un tarif 35% inférieur aux autres entreprises : qui croirait que la différence est prise sur les profits des patrons de l’entreprise ?

L’université Toulouse Jean Jaurès est au diapason de la plupart des universités en France et la situation est la même dans tous les campus : des sous-traitants qui cassent les prix pour obtenir les marchés et qui maintiennent leur marge de profit en surexploitant les travailleurs/ses.

Du ménage à l’enseignement : luttons contre la précarisation des travailleurs/ses

Lors de la dernière assemblée générale sur le campus du Mirail, les grévistes sont venus interpeller l’ensemble des membres de l’université sur la situation. Des actions de solidarités ont eu lieu dès le lendemain avec une manifestation d’étudiantEs et de personnelLEs devant le bureau de la présidence le 12 février. Le collectif des précaires du Mirail, en lutte, a publié un communiqué de soutien et a tenu un piquet de grève commun.

Dans l’immédiat, les grévistes demandent entre autres l’établissement de véritables contrats de travail et le paiement complet des salaires (y compris les jours de grève) après la mise à plat des fiches de paie et leur revalorisation, ainsi que la prise en charge des frais de transports. Ils/elles demandent une augmentation des effectifs et la fourniture du matériel indispensable pour réaliser leurs tâches (notamment les équipements de protection inhérents à la manipulation de produits chimiques).

Ces mesures d’urgence ne suffiront pas : il faut que ces services soient internalisés : titularisation des personnelLEs travaillant sur les sites de l’université en tenant compte de leur ancienneté, mise en place d’un cadre de travail digne. L’université doit cesser de pratiquer la sous-traitance et le chantage à la baisse sur les conditions de travail ! Cette situation c’est la partie invisible des politiques de casse du service public universitaire : la partie cachée et évidemment la plus violente !

Correspondant

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

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