Synutra Carhaix : les grands départs

Impossible pour qui passe à proximité de Carhaix de la rater, tant elle est visible à des kilomètres à la ronde. Initialisée en 2013, inaugurée en grande pompe fin septembre 2016, avec feu d’artifice diurne, le tout à grands renforts de communication des élus locaux, Synutra, la plus grande usine de poudre de lait infantile en Europe, peine à démarrer. 

On l’annonçait comme le poumon de l’emploi en Centre Bretagne, mais un an plus tard la réalité est tout autre : en 2017 il y a eu, tous secteurs, tous niveaux hiérarchiques et tous motifs confondus, 70 départs. Le quatrième DRH depuis le début du recrutement du personnel vient de faire son arrivée. Ironie de l’histoire : Synutra signifie « le grand départ ».

Climat social délétère

Les raisons : un climat social délétère, un management basé sur la peur et la délation, du personnel intérimaire majoritairement, jetable comme des mouchoirs en papier, sans explication, sans motif hormis un délit de sale tête, aussitôt remplacé par d’autres intérimaires, des licenciements, des cadres en burn-out… Les salariéEs se rendent au travail la peur au ventre. Un délégué du personnel dont la procédure de licenciement est refusée par l’inspecteur du travail est parti peu après par une rupture conventionnelle : sous quelle pression ?

Pauses cigarettes interdites, pour les arrêts pipi il faut traverser toute l’usine car certains sanitaires ont été fermés, pression permanente pour dénoncer les autres salariéEs qui ne seraient pas assez productifs… Et pendant ce temps des offres d’emplois sont publiées sur des sites en Espagne. 

L’usine de Carhaix, c’est aussi un syndicat CGT élu avec un score digne du comité central du PC chinois, 96 % des suffrages, et de fait seule organisation syndicale représentée qui, dans un premier temps ne réagit pas aux plaintes, aux craintes et au désarroi des salariéEs, qui se sont alors tournés vers la seule vraie force de gauche implantée localement : le NPA. Deux communiqués à la presse et les langues ont commencé à se délier, la CGT se retranchant derrière un : « nous réglons ça en interne ». 

Silence des élus locaux

Suite à ces révélations l’inspection du travail est intervenue sur le site le 18 octobre, et à la même période la direction de l’usine a réuni les salariés pour leur dire : « Soyez fiers de ce que vous avez fait depuis un an », les encourageant à le dire sur les réseaux sociaux.

Après de nouvelles publications dans la presse locale, la CGT rompt le silence, et l’on apprend que les ordonnances Macron étaient appliquées avant l’heure avec une délégation unique du personnel. La CGT reconnaît que tout ce qui a été relaté dans la presse est le quotidien des travailleurEs, qu’ils sont des représentants du personnel avec pas ou peu d’expérience… L’UL CGT semble depuis reprendre les choses en main, avec distributions de tracts aux salariéEs devant l’entreprise, réunions afin de faire le point des griefs en vue d’un CHSCT extraordinaire programmé le 23 novembre.

Quant aux élus locaux, silence radio du maire, président de la communauté de communes et conseiller départemental, Christian Troadec, qui pourtant fut le grand promoteur de l’usine. Pas un mot de la part du député macroniste, ex-PS, Richard Ferrand, hormis pour dire qu’un politique n’a pas à s’immiscer dans le fonctionnement d’une entreprise – sauf pour casser le code du travail. Pourtant ce sont bien ces deux-là qui ont vendu Synutra comme un nouvel eldorado, le rêve armoricain… Les salariéEs ont bien compris vers qui se tourner pour défendre leurs intérêts, et bien entendu le NPA a répondu présent.

Correspondant NPA Kreiz Breizh

 

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