SNCF : Toilettes en grève !

Dimanche 30 juin, le moral est au beau fixe pour le 7e jour de grève des salariées des toilettes des gares parisiennes. Une sombre histoire patronale de sous-traitance en cascade, mais une belle histoire de solidarité ouvrière au féminin, commencée il y a 4 ans. 

En 2015, 2theloo remporte le marché des toilettes en gares, sous-traité par la SNCF, et s’apprête à licencier une quarantaine de salariées dont certaines travaillent depuis plus de quinze ans sur le même site.

La grève éclate, soutenue par les militants de la CGT Paris et des cheminotEs. Elle tient 9 jours, au bout desquels 2theloo se rend à l’évidence : il doit reprendre toutes les salariées avec leur ancienneté. Les patrons passent, mais pas le contrat de travail.

Rancune patronale, les 40 grévistes victorieuses sont embauchées non pas par 2theloo mais par une filiale spécialement créée pour l’occasion. Le sous-traitant 2theloo, qui se présente maintenant comme une entreprise de commerce (de traite, peut-être, mais de commerce ?) sous-traite donc son activité « propreté ». Le ménage, un détail dans la gestion des toilettes publiques !

Des liens qui se créent

En mai 2016, ce « marché » est remporté par Derichebourg, un grand groupe qui multiplie les petites magouilles. La mission des nouveaux patrons, rémunérés par 2theloo : se débarrasser de ces anciennes grévistes solidaires et combattives.

Trois ans plus tard, elles sont encore 25, toujours attachées à leur travail dans les gares parisiennes. 2theloo les provoque en leur proposant de les « reprendre » en CDD, avec un planning de travail sur 6 jours au lieu de 4, et moins de congés. Mais avec leurs piquets de grève en gare du Nord, gare de Lyon et gare d’Austerlitz, elles sont bien décidées à faire plier 2theloo, Derichebourg et le véritable responsable qui tente de se faire oublier : la SNCF !

Les discussions vont bon train sur le piquet. Les salariéEs de City One pour les services en gare, de Laser pour le nettoyage ou de Lancry pour la sécurité passent régulièrement : touTEs ont vécu les mêmes luttes, souvent victorieuses. Les patrons valsent, et ils voudraient que ce soient les salariéEs qui trinquent. Mais les liens qui sont en train de se créer dans les gares pourraient être plus solides qu’un contrat de sous-traitance.

En période de filialisation et d’ouverture à la concurrence de l’ensemble des activités ferroviaires, ce genre d’expérience commune à des travailleurEs de différentes boîtes mais regroupés sur un même site est déterminante pour maintenir et réinventer une solidarité « cheminote » qui doit largement dépasser les seulEs salariéEs SNCF. 

Correspondant

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.