Retour à la case prison pour Carlos Ghosn

La semaine dernière, Carlos Ghosn a de nouveau été arrêté au Japon. La nouvelle accusation concernerait des flux financiers provenant de Nissan et Renault qui auraient atterri, via Oman, sur les comptes d’une société contrôlée par des proches de l’ancien magnat. Son épouse Carole Ghosn, dirigeante de cette société, a préféré fuir les procureurs nippons. Arrivée en France, elle en appelle au « pays des droits de l’homme » pour faire libérer son mari. Pendant ce temps, la nouvelle direction de Renault cherche à se blanchir et prépare de nouveaux coups contre les travailleurEs.

Quand Carole Ghosn en appelle aux « droits de l’homme », elle doit penser aux « droits des grands hommes ». Ceux qui sont capables de « sauver Nissan de la faillite » ou de « refuser de diriger General Motors par fidélité à l’alliance Renault-Nissan ». Les « droits des autres hommes » (et femmes), Ghosn les a foulés aux pieds quand il s’agissait d’empêcher, par des menaces, les salariéEs de l’usine Nissan de Canton dans le Mississippi de constituer un syndicat. Ou quand il s’est appuyé sur le régime d’Erdogan pour réprimer, licencier et faire condamner des ouvrierEs de l’usine Renault de Bursa en Turquie qui luttaient pour leurs salaires.

Renault lave plus blanc que blanc

Le problème pour lui, c’est que la direction de Renault commence à le lâcher pour se payer, à bon compte, un ravalement de façade « moral » en trois étapes. Un audit de la filiale Renault-Nissan aux Pays-Bas soulève, selon un communiqué de la direction, de « sérieux questionnements quant à la conformité de plusieurs millions d’euros de dépenses » ; Renault ne versera à Carlos Ghosn ni « retraite chapeau » ni part variable pour 2018 (mais quand même 1 million d’euros de part fixe…) ; le nouveau président, le comte Jean-Dominique Senard, a de bien plus nobles manières que le parvenu Ghosn, il ne touchera « que » 450 000 euros annuels.

Les masques tombent bien vite

Une opération de communication, ­reprise en chœur dans les médias, qui oublie de préciser que le nouveau DG du Groupe, Thierry Bolloré, va toucher 2 millions d’euros de salaire fixe et variable. Avec des actions gratuites, il s’approchera des rémunérations de Ghosn chez Renault !

Dans les usines et les centres techniques, le masque « social » de la nouvelle direction n’a pas mis longtemps à tomber. Nouveau plan de baisse des coûts de la Recherche et développement (5 % tous les ans), nouvelles pressions à la « compétitivité » sur les usines à coups de menaces de baisse d’activité : les patrons préparent leurs mauvais coups. Aux travailleurEs de préparer leur riposte, en s’appuyant sur ce que l’affaire Ghosn révèle de la pourriture d’un système qui nous conduit droit dans le mur.

Correspondant

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.