Reprise sous haute tension à la SNCF

Bien que l’activité de la SNCF ait été largement réduite, de nombreux cheminot.e.s n’ont pas été confiné.e.s depuis le 16 mars. En particulier les métiers de l’accueil, de la sécurité et du nettoyage sont fortement sollicités, alors qu’ils sont en première ligne, sans protection suffisante. De plus, même si le nombre de trains a largement baissé, le secteur du nettoyage connaît une surcharge de travail car les rames doivent être les plus propres possibles. Malheureusement, trois travailleurs-euses sont décédé.e.s suite au Covid 19, toujours dans la région de Paris Est.

En plus d’être plus touchés, ces métiers sont sous-traités par la SNCF à des entreprises privées depuis de nombreuses années. Ces travailleurs-euses du rail, qui devraient bénéficier du statut cheminot, n’ont souvent pas la possibilité de faire usage de leur droit de retrait ou de saisir des syndicats pour les protéger. Ce sont toujours les plus précaires qui sont mis en danger et exploités.

La direction de la SNCF a pris de l’avance sur le déconfinement, alors que les cheminot.e.s avaient dû se battre afin que le confinement soit réellement mis en place. Depuis le mois d’avril, des chantiers non prioritaires redémarrent - qui ne concernent pas la sécurité des circulations, comme celui entre Sèvres et Versailles Rive- Droite en banlieue parisienne afin de remettre les voies en état après l’affaissement du talus survenu en février.

Lorsque l’inspecteur de travail est passé, filmé par France 3, trente ouvriers travaillaient alors que le cahier des charges des mesures sanitaires indiquait un maximum de sept... Dans le Grand-Est, région la plus touchée, la direction fait du zèle : elle a déjà fait reprendre les travaux sur la LGV Est, pour que la circulation retrouve au plus vite sa vitesse normale, mais aussi la réouverture des guichets dès le 11 mai sans interdire les transactions en liquide. A Marseille, la direction fanfaronne en annonçant le retour de 100 % des trains dès le 15 mai... mais dans certains services, elle rechigne à donner les deux masques par jour – objectif affiché mais déjà très insuffisant. Les cheminots des bureaux d’étude, en télétravail forcé, sont pressurés pour produire toujours plus : la préparation des grands travaux de l’été ne saurait souffrir aucun retard.

Le travail a aussi repris dans les ateliers de réparation et sur les voies. Les gestes barrières y sont impossibles à appliquer : comment soulever un cœur d’aiguille en respectant la distanciation physique ? Mais la perte sèche liée à la fin des primes de déplacement ou de nuit, qui peuvent former une partie importante de la rémunération dans ce secteur, exerce une pression importante pour que ces cheminots retournent au travail la boule au ventre.

Alors que ces dernières semaines, les trains devenaient de plus en plus bondés voir saturés car des entreprises rouvraient leurs portes, obligeant de nombreux-euses personnes à reprendre le chemin (de fer) du travail, comment assurer la sécurité des cheminot.e.s et des voyageurs-euses ?

Déjà en temps normal, les transports sont saturés. Les mesures de distanciation sociale sont inapplicables. Condamner un siège sur deux dans les trains et métros, peindre des ronds blancs sur le sol dans les grandes gares, n’autoriser que les personnes allant travailler à emprunter les transports en commun en Île-de-France, sont des mesures largement insuffisantes au vu du nombre de voyageurs à venir à partir du 11 mai.

Qui empêchera les voyageurs de rentrer dans les gares, les trains ? Que feront les refoulés ? Ils s’agglutineront en attendant de pouvoir monter dans le train suivant ? Cela va être un enfer pour les cheminot.e.s comme pour les usagers.ères. Et tout cela au nom du profit !

 

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