Renault Technocentre Guyancourt (78) : Merci patron(s) !

Le 16 mars dernier, un salarié d’EuroDécision, prestataire au Technocentre Renault de Guyancourt est convoqué par son employeur. Celui-ci a reçu un mail de la responsable des prestataires de Renault exigeant que le salarié rende son badge d’accès au site et ne se représente pas au Technocentre...

La veille, après sa journée de travail, ce salarié avait adressé un message depuis son ordinateur personnel à son domicile, à l’ensemble des organisations syndicales du Technocentre et à 2 élus CFE-CGC. Dans ce mail, le salarié se présente comme « bénévole du journal Fakir » et après avoir présenté sous son meilleur jour le film Merci patron !, propose à ses destinataires de prendre contact avec ceux qui assurent sa diffusion pour envisager une projection suivie d’une discussion, suggérant pour l’organiser un rendez-vous après la manifestation contre le projet de loi travail.

Une audace inacceptable pour la direction de Renault. L’étonnement des salariéEs est grand et même si, dans un premier temps, tout le monde a soupçonné la surveillance des mails par les services du personnel, il apparaît qu’en fait, ce serait un des « syndicalistes » destinataire du message qui en aurait informé l’entreprise...

Renault a immédiatement contacté l’entreprise prestataire, lui a communiqué le dangereux mail et a exigé que le coupable quitte le site sans délai. Son employeur a donc mis le dangereux contestataire en mise à pied conservatoire, sans solde, jusqu’à ce qu’une décision de sanction soit prise.

Lors de l’entretien préalable à sanction du 25 mars, son employeur l’a informé de la gravité des faits et lui confirmé que « c’est l’un des destinataires de [son] courriel qui s’est plaint auprès de sa hiérarchie ». Il est coupable d’avoir violé « la charte de bonne conduite et de protection du système d’information », ainsi que son ordre de mission, mais aussi d’avoir « utilisé des moyens internes à Renault […] à savoir l’intranet et la liste des adresses électroniques des salariés de Renault pour assurer l’envoi de [son] courriel politique ».

« Faire le ménage »

La sanction ne sera alors qu’« un avertissement qui sera versé à votre dossier personnel ».Mais la situation du révolté s’est aggravée lorsque le journal Fakir a révélé l’affaire, notamment en plaçant en ligne sur son site et les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il raconte son histoire, ainsi qu’une partie de l’enregistrement de l’entretien avec son employeur. Du coup, il a de nouveau été en mise à pied conservatoire, avec une nouvelle convocation à nouvel entretien préalable à sanction disciplinaire ce 18 avril.

Ainsi, la solidarité patronale fonctionne parfaitement. Le patron de Renault, Carlos Ghosn (revenus annuels de 15 millions d’euros, soit 1122 SMIC annuel) fait le maximum pour empêcher que ne soit ternie la réputation de son « collègue » Bernard Arnault (patron de LVMH, 3e fortune de France à plus de 30 milliards d’euros).

Les méthodes de management avec sous-traitance, prestataires, contrats précaires, sont un moyen redoutable pour « faire le ménage ». L’externalisation d’une partie de plus en plus importante des activités et des services des grandes entreprises répond à la double fonction de mise en concurrence et de mise au pas des salariéEs. Pas de trublions, pas de contestataires, moins de grévistes. À nous, les salariéEs de faire preuve d’une solidarité au moins égale à celle des patrons.

Robert Pelletier

 

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