Renault et PSA absents de toute production utile contre la pandémie

Face à la pandémie, plusieurs firmes automobiles envisagent de fabriquer des respirateurs et du matériel médical. Alors que les annonces se précisent de la part de différents constructeurs automobiles,.

S'ils  sont dérisoires au regard de l'ampleur des besoins et relèvent de la communication "de guerre", Il n'empêche qu'ils entrouvrent la possibilité pour l'industrie automobile de produire autre chose que des "bagnoles". En revanche, Renault et PSA continuent d’être muets sur le sujet, sans la moindre initiative ni injonction du gouvernement, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, au Canada, en Italie ou en Angleterre.

Des projets cités  dans la presse internationale

Fiat Chrysler Automobiles a annoncé sa décision de fabriquer des masques dans l’une de ses usines en Asie. Une usine en Asie va être convertie pour fabriquer des masques et elle va rapidement produire un million de masques par mois. Fiat Chrysler et Ferrari avaient déjà déclaré la semaine dernière qu’ils discutaient avec le premier fabricant de respirateurs artificiels en Italie pour l’aider à augmenter sa production.

Aux États-Unis, General Motors et un fabricant d'équipement médical ont établi un partenariat pour construire des respirateurs dans une usine situé à Kokomo dans l’Indiana, un État des États-Unis. Cette usine de General Motors qui fabrique des petits composants électroniques pour les voitures sera reconvertie pour fournir des pièces au partenaire fabricant de respirateurs. Selon les informations publiées par l’agence de presse Reuters, GM s’est engagé à fournir 95% des pièces nécessaires à la fabrication de ces respirateurs et cherche à se procurer les pièces nécessaires restantes. L'objectif est de parvenir à fabriquer 200 000 respirateurs.

Au Canada, l’association des fabricants de pièces automobiles a proposé au gouvernement d’apporter sa contribution. M. Trudeau a affirmé que son gouvernement les aiderait à transformer leur chaîne de production pour leur permettre de fabriquer aussi dès maintenant de l’équipement médical. Ces demandes aux constructeurs automobiles sont aussi débattues en Angleterre

Plusieurs milliers de salariés  sur leur poste de travail dans l'industrie automobile en France

Mais en France, les deux constructeurs automobiles PSA et Renault préfèrent obliger des centaines de salariés à venir travailler pour des tâches non essentielles, du type finir la finition de fourgons Master chez Renault SOVAB à Batilly, poursuivre les travaux sur des bancs d’essai à Renault Lardy, ou bien chez PSA Vesoul fabriquer et expédier des pièces de rechange dans les quelques pays du monde non atteints par la pandémie. Les critères pris en compte par PSA et Renault dans le maintien de leurs activités de production sont ceux de leur chiffre d’affaires et leur profit, et pas du caractère nécessaire de ces activités au regard des besoins de la population en ce temps de pandémie.

Pourtant la famille Peugeot, l’actionnaire historique de PSA, est une famille capitaliste qui connaît et profite des synergies entre production automobile et fabrication de matériel médical. Elle a en effet investi depuis plusieurs années une partie de sa fortune personnelle dans une entreprise LISI, qui produit des pièces pour l’industrie automobile, l’aéronautique et le matériel médical. Mais pas une seule initiative de sa part en rapport aux besoins crées par la pandémie. Pire que General Motors ou Ford, il faut quand même le faire ! Et personne en France parmi les institutions installées au gouvernement et dans la presse pour reprocher à PSA et à Renault cette incurie !

Aux travailleurs de décider ce qui est essentiel à produire !

Les milliers de salariés contraints d’aller travailler, au risque de leur santé et de leur vie, dans les établissements PSA et Renault ainsi que chez les équipementiers et sous-traitants, sont nombreux à demander la cessation des activités de production pour l’automobile. Ils témoignent du fait que la production de bagnoles n’est pas indispensable aujourd’hui. Il y en assez de nous infantiliser, alors que les salariés, beaucoup mieux que les patrons, savent ce qui dangereux et vraiment utile pour la société. Qui mieux que les salariés et la majorité de la population peut et doit décider du caractère essentiel d’une production ? En tout cas gouvernement et patrons sont les moins capables de le décider, eux qui ont détruit les productions de masques et de respirateurs indispensables à notre simple survie !

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.