Quel transport aérien pour l’après ?

Les annonces désastreuses pour les salariéEs de l’aérien s’enchainent. Airbus, après avoir cherché à maintenir sa production tout sauf indispensable, annonce maintenant des baisses d’activité avec des conséquences directes pour les salariéEs, les filiales et les sous-traitants. Alors que l’activité de Stelia Aerospace, filiale à 100 % d’Airbus, à Saint-Nazaire est fortement réduite, chez Daher (équipementier aéronautique) ce sont 3 000 postes qui sont menacés sur les 10 000 du groupe (dont 1 100 en Loire-Atlantique). Côté Air France, le chômage partiel est annoncé au moins jusqu’à la fin de l’année. Ces restrictions chez les grands donneurs d’ordre ont évidemment des répercussions sur toute la chaine économique. Des travailleurEs vont se retrouver au chômage, dans des situations individuelles et collectives difficiles, et cela aura des conséquences sur des bassins d’emploi entiers. Pourtant nos revendications doivent-elles seulement porter sur le maintien de ces emplois, dans une forme de « business as usual » ? Est-ce que l’on souhaite que le jour d’après, dans l’aérien comme ailleurs, ressemble au jour d’avant ?

Un transport capitaliste et polluant

Le transport aérien est une activité polluante, intrinsèquement lié à la mondialisation capitaliste. Près de 28 % des voyages sont faits pour raisons professionnelles1. En France, 20 % du trafic est métropolitain2, majoritairement entre des métropoles desservies par le TGV. Et si, via les low cost, le tourisme de masse s’est développé, la moitié des déplacements par avion est le fait des 20 % de personnes dont les revenus par unité de consommation sont les plus élevés3, alors que ce mode de transport est massivement subventionné (TVA nulle ou réduite, exemption de taxes, subvention des régions…). Le transport aérien mondial est responsable de 2 à 3 % des émissions mondiales de CO2, c’est-à-dire autant que celles de l’Allemagne, premier pollueur d’Europe. Ces quelques éléments montrent qu’une évolution du secteur vers une forte réduction du trafic est indispensable. Dès à présent des actions peuvent être mises en place pour  limiter le transport aérien : interdiction des vols court-courriers, interdiction du fret sauf produits de première nécessité, développement des correspondances intermodales (train-avion), rationalisation des transports via la création d’un service public européen… C’est notre utilisation de l’avion, à une échelle individuelle et collective, qui doit être questionnée.

Répondre aux inquiétudes des salariéEs

Mais ces actions doivent prises en concertation avec les salariéEs du secteur, et en répondant à leur juste inquiétude : si l’activité se réduit, quels emplois pour elles et eux demain ? Une première réponse est d’assurer un transport sûr et de qualité, à l’opposé de la trajectoire du secteur qui, avant la crise déjà, demandait des « hausses de productivité » à ses salariéEs alors que l’activité connaissait une forte croissance. Surtout, la crise sanitaire montre que la mondialisation capitaliste n’est pas une organisation efficiente : pénurie de masques, de blouses ou de tests produits à l’autre bout du monde. Nous devons relocaliser des industries et services ici, générateurs d’emplois, en cessant de coloniser économiquement le reste du monde. Cette nouvelle crise économique et sanitaire, après les nombreuses crises économiques précédentes, nous rappelle que la recherche perpétuelle de la croissance, du fric à tout prix, n’est ni viable ni souhaitable. Répartition des richesses et du temps de travail, vers des productions locales, raisonnées et écologiquement responsables : voilà le monde que nous voulons pour l’après.

  • 1. DGAC Enquête nationale auprès des passagers aériens 2015-16
  • 2. Bulletin statistique du trafic aérien commercial, Année 2017 – DGAC
  • 3. Enquête nationale Transports et Déplacements 2008

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